A propos du corps

Durant l’année universitaire 2004-2005, j’ai rédigé un mémoire de maîtrise sur le thème des déformations corporelles au féminin. Presque un an après, je suis tombée par hasard sur toutes mes notes de lecture d’alors, et j’ai retrouvé quelques passages d’un livre qui m’a passionnée: Le vêtement incarné, Les métamorphoses du corps, de France Borel, paru [...]

Durant l’année universitaire 2004-2005, j’ai rédigé un mémoire de maîtrise sur le thème des déformations corporelles au féminin. Presque un an après, je suis tombée par hasard sur toutes mes notes de lecture d’alors, et j’ai retrouvé quelques passages d’un livre qui m’a passionnée: Le vêtement incarné, Les métamorphoses du corps, de France Borel, paru chez Calmann-Levy, collection « Essai Société », Paris, en 1992:

« Dès la naissance l’être humain est marqué par le social, comme si sa nudité naturelle était absolument inadmissible, insupportable, voire dangereuse. Lorsque l’enfant paraît, la société s’en empare, le manipule (…), le déforme, en y mettant parfois une certaine violence. (…) L’organisme n’est acceptable que transformé, couvert de signes. Le corps ne parle que s’il est habillé d’artifices. (…)

Le fait que les motivations et les prétextes relèvent de l’ordre esthétique, érotique, hygiénique ou même médical n’influe pas sur l’effet qui, lui, va toujours dans le sens des métamorphoses du paraître corporel, métamorphoses plus ou moins effectives mais présentes et souhaitées. Le corps se donne comme une matière première, souple, malléable et transformable, une sorte de pâte à modeler se pliant docielement aux volontés et aux désirs sociaux. (…) il offre la surface de sa peau à toutes les marques permettant de le distinguer du règne animal » (pp.15-17)

« Telle une terre, [le corps] se laisse pétrir. La culture parvient à l’affiner ou à l’épaissir. » (p.53)
Ce genre de recherches anthropologiques sur le corps m’influencent énormément, et seront très certainement le point de départ de nouvelles séries de dessins et d’images numériques. Je ne peux plus créer comme si je n’avais pas lu et compris tout ça, je ne peux plus faire semblant de ne pas savoir. Dans une société iconique, il est important que les artistes jouent avec et par les images pour montrer d’autres modèles, afin d’amener le public à remettre en question les modèles qu’il a intégrés depuis sa naissance, qu’on lui a fait accepter comme naturels. Ce n’est bien entendu qu’une illusion. Faire table rase de notre culture, c’est à dire, de tous les habitus culturels et sociaux que l’on a intégrés depuis notre venue au monde, est impossible; mais les questionner, les déplacer hors de leur contexte, les renverser, voilà qui est une prétexte artistique suffisant pour prendre part activement dans la vie de la cité, réfléchir, et faire réfléchir autrui.

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