Amnesty International/TBWA: frapper fort pour le respect des droits de l’homme et de la femme

En faisant ma revue de presse ce matin, j’ai découvert la campagne de pub qui a été créée afin de sensibiliser le public au non-respect des droits de l’homme en Chine et au Tibet. Cette campagne a été conçue par l’agence TBWA pour Amnesty International. Jugez par vous-mêmes: Chaque affiche est conçue autour d’une discipline [...]

En faisant ma revue de presse ce matin, j’ai découvert la campagne de pub qui a été créée afin de sensibiliser le public au non-respect des droits de l’homme en Chine et au Tibet. Cette campagne a été conçue par l’agence TBWA pour Amnesty International.

Jugez par vous-mêmes:

Campagne pour les droits de l'homme - TBWA et Amnesty International Campagne pour les droits de l'homme - TBWA et Amnesty International Campagne pour les droits de l'homme - TBWA et Amnesty International

Chaque affiche est conçue autour d’une discipline olympique. L’affiche est signée du slogan « After the Olympic games, the fight must go on » (« Après les Jeux olympiques, le combat doit continuer » – par analogie avec l’expression célèbre « The show must go on« ).

Pourtant, vous ne verrez pas ces affiches sur les murs de votre ville: la jugeant un peu trop « coup de poing », Amnesty a finalement refusé de la diffuser.

Comment expliquer alors que les affiches aient néanmoins filtré? Fin juin, TBWA s’est vu remettre le Lion de Bronze par le jury des Lions de Cannes, un concours qui récompense les meilleures créations publicitaires. Et ce bien que les affiches n’étaient ni terminées ni validées par Amnesty (ainsi, sur les affiches, on peut voir que l’URL du site d’Amnesty est erronée).

La campagne ayant remporté le troisième prix du concours, les affiches ont été publiées sur le site des Lions de Cannes. Cette publication a été le point de départ à leur diffusion sur le web, grâce à un buzz grandissant, et ce, en dépit du refus d’Amnesty de la diffuser officiellement: « Cette campagne existe mais nous ne la diffuserons jamais« , a déclaré l’ONG (source).

Rappelons qu’à l’heure actuelle, le Président de la République française a déclaré qu’il assisterait à la cérémonie de l’ouverture des Jeux à Pékin, le 8 août prochain, estimant que « Ce n’est pas par l’humiliation de la Chine que l’on fera progresser la question des droits de l’homme » (source), assurant qu’il irait là-bas pour défendre cette question. A chacun de juger politiquement le bien fondé de cette présence.

J’en reviens au poids des mots et au choc des photos – ou plutôt des vidéos. La campagne pour les droits de l’homme dont je parle aujourd’hui n’est pas la première collaboration entre TBWA et Amnesty International. L’agence notamment signé un spot de pub contre les violences conjugales, réalisé par Olivier Dahan (« La Môme »), à vous filer la chair de poule, que je trouve particulièrement bien réussi:

En plus de la violence à l’encontre de la femme, qui, selon ce spot, en deviendrait presque comique tellement cette violence est devenue banale, ce qui me fait le plus froid dans le dos, ce sont les rires des passants situés derrière la fenêtre… Ne s’agit-il pas là d’une métaphore de nous-mêmes, vissés derrière notre télévision, passifs… et complaisants?

Le militant peut-il se passer du sensationnel? A l’heure où le désintérêt pour la politique se généralise, il me semble que ce genre d’affiches et de spots très forts jouent un réel rôle d’alerte. Ce qui ne doit évidemment pas empêcher d’approfondir ces sujets par soi-même – la publicité étant, on le sait, un moyen d’ »agiter un bâton dans l’auge à cochons » (George Orwell).

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6 commentaires

  1. Gaëlle

    En effet, elle fait froid dans le dos, la vidéo…
    Je trouve que la campagne TBWA est très bonne dans le sens où visuellement, elle est super bien executée, mais elle est destinée à qui?
    En Chine, si les gens voyaient ces images, je pense que 90% de la population ne verrait pas de lien avec les JO, les droits de l’homme… En fait en Chine ils ont surtout l’impression qu’on les déteste et qu’on est jaloux de leur croissance, croissance pour laquelle ils estiment normal d’avoir le droit de polluer, c’est écrit dans les manuels scolaires…
    Je trouve que Sarkozy a bien répondu à Cohn-Bendit, car, c’est vrai, d’une part, boycotter un quart de l’humanité c’est pas dans notre intérêt, surtout quand tu vois tout ce qui vient de Chine – si c’était fait en France, je te dis pas le pouvoir d’achat D’autre part c’est une situation hyper difficile pour les gouvernements, vu les contrats qu’on a là-bas, si on les perd, les conséquences sur l’économie française peuvent être très graves, mais c’est vrai que la Chine prend vraiment des libertés de ton qui sont insupportables.
    Je sais pas comment tout ça va évoluer, mais en tout cas on est dans un drôle de pétrin…
    Pour en revenir aux images, comme tu m’avais demandé mes photos des Philippines, ma meilleure photo c’est celle que je n’ai pas pu prendre, parce que j’étais dans un bus, d’une case de bidonville, sur laquelle il était écrit en très gros: « Medical practitioner – Check-ups – Blood analysis – Diabetes injections – Excision ». Ca aussi ça fait froid dans le dos…

  2. Coucou Gäelle, merci pour ton commentaire, aussi long qu’intéressant!

    A propos de la présence de Sarkozy à Pékin, en effet je pense que les intérêts économiques de la France sont une raison majeure de son déplacement.

    Les J.O sont l’occasion pour les ONG de communiquer davantage sur les violations des droits de l’homme là-bas, c’est aussi l’occasion pour les médias – la télévision notamment – d’utiliser ça comme filon pour foutre la trouille aux gens. S’il n’y avait pas les J.O, parlerait-on autant de ces exactions? Je n’en suis pas sûre.

    De même, des tas d’autres pays se contre-fichent royalement des droits de l’homme (arrestations et exécutions arbitraires, violences instituées notamment envers les femmes – tu parles de l’excision, c’en est une), et ça n’est pas autant médiatisé que la situation chinoise. L’excision et le mariage forcé se pratiquent même en France, et personne n’en parle, voilà quelque chose de proprement révoltant!

    « Charité bien ordonnée commence par soi-même », comme dit l’adage: la France n’est pas très bien classée en ce qui concerne la liberté de la presse par exemple…

    Pour en revenir à la Chine, la question est de savoir si l’économique prime sur le politique. A en juger par les récents évènements, a priori la réponse est: oui.

  3. Kalys

    Il me semble qu’Amnesty n’a pas eu tord de considérer ce spot comme trop violent, mais en même temps… Je suis un peu agacée que la France se révolte tout à coup contre ces exactions, qu’on connait depuis longtemps. La lutte pour les droits de l’homme dans ce pays, ainsi que le problème posés par le Tibet, m’apparaissent comme des effets de mode. C’est comme la visite de Kadafi : depuis qu’il est reparti, plus personne ne se préoccupe de la situation dans son pays. Il y a aussi eu récemment des événements terribles en Bolivie, qui n’ont été relayés par personne en France. Je trouve donc toutes ces contestations bien creuses.
    Cependant, je trouve les images d’Amnesty très « coup de poing », et en ce sens elles sont bien, car on a aussi tendance à édulcorer l’extrême gravité de certains gestes, juste pour la bienséance…

  4. Salut Kalys, merci pour ton commentaire!

    Tout à fait d’accord avec toi sur l’hypocrisie des médias – et de certains politiques? – quant aux pays ne respectant pas les droits de l’homme (ils ne respectent pas grand chose en général).

    ça donne l’impression que ces réactions se soucient plus de la mauvaise réputation de la France qui accueille des dictateurs à bras ouverts, que de la situation réelle des populations des dits pays…

    Néanmoins, heureusement qu’il y a quand même une levée de boucliers, citoyenne et médiatique, ne serait-ce que pour le symbole. Le pire serait que plus personne ne réagisse à rien…

  5. Deedlot

    Je me demande souvent, lorsque les JO seront terminés, combien de personne encore se soucieront du sort du Tibet, et du non-respect des droits de l’homme en Chine ?

    La vidéo me fait froid dans le dos, cette musique presque comique qui continue, les badauds qui regardent ça en rigolant, personne qui ne bouge…

  6. Kalys

    Tout à fait. J’aime encore mieux un engouement ponctuel pour des questions qui méritent d’être soulevées, que rien du tout. D’autre part, je ne veux pas porter de jugement sur les gens d’une manière générale… N’étant pas moi-même engagée politiquement, ne faisant rien de particulier pour venir en aide à ces pays, j’aurais beau jeu de critiquer.

    Je suis d’accord avec ce que tu dis à propos de la « mauvaise réputation » de la France, d’autant plus que j’aurais aimé connaître l’avis des Libyens par exemple, sur la visite de leur président. Peut-être que de leur côté ils sont heureux que la France s’ouvre à leur culture et leurs revendications… Ces questions sont beaucoup plus complexes que la simple révolte à l’idée de recevoir un dictateur.

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