
Illustration de Jennifer Lewis
S’il y a bien une chose que j’ai lentement appris à détester, c’est de parler à outrance d’un projet qui ne voit jamais le jour. Bien que je sois le genre de personne qui aime s’étendre en long, en large et en travers à propos de ses Arlésiennes personnelles, j’ai décidé de brasser moins d’air et d’agir davantage. Car c’est très frustrant d’entendre continuellement parler d’un truc qui non seulement ne vient jamais mais en plus ne s’appuie sur aucune preuve concrète. Comme je ne suis pas en mesure de publier quoi que ce soit pour le moment, par souci de suspens et d’esprit de conservation (montrer quelque chose trop tôt, c’est prendre le risque de voir autrui déçu par le résultat final), je ne montrerai rien avant un bout de temps. Peut-être aussi parce que je n’ai pas envie de trop mélanger le contenu de mes trois sites… Mais j’y reviendrai.
Moins parler, agir davantage. Dit comme ça, ça a l’air simple; pourtant, c’est loin d’être une évidence pour quelqu’un d’aussi procrastinateur et d’aussi perfectionniste que moi. Je garde donc pour plus tard, ailleurs, mes idées, mes croquis, mes images, mes explications et autres notices d’utilisation jusqu’à ce que mes Arlésiennes soient en lieu sûr, délicatement posées sur leurs lits de bruyère; je me ferai alors un plaisir de montrer les photos-souvenirs de leurs pierres brutes respectives.
Ce genre de pensée rejoint mon manque flagrant d’envie de venir écrire ici.
Depuis novembre, si j’ai noirci une à une les pages de ce blog, c’est parce que j’avais besoin de faire sortir tout un tas de trucs, ou bien trop nauséabonds ou bien trop sentimentaux, qu’il m’est difficile d’exprimer de vive voix sans passer pour une tarée aux yeux des représentants de la norme, obtus, stériles et fiers de l’être. Bien que j’aie pu douter très souvent de la qualité et de la pertinence de mes billets personnels, aujourd’hui je peux le dire sans aucune gêne, en regardant quiconque droit dans les yeux: je suis fière qu’une petite partie de ma vie ait été consignée avec autant d’ardeur et de méticulosité, même si cela s’est fait sur un parchemin aussi éphémère. L’important, dit-elle, c’est d’avoir crevé l’abcès.
Je ne regrette pas d’avoir ouvert une porte donnant sur mon jardin secret – c’est là même tout le sens de ma démarche créative, je crois -, et je ne regrette pas non plus que ce que j’ai écrit ait suscité autant de réactions.
Cependant, pour agréable que soit le fait d’écrire et d’être lue, un vague relent de lassitude a émergé il y a quelques semaines, éminemment lié au fait, justement, de me savoir lue. Ce n’est pas tant le fait de me savoir lue qui me bloque, mais plus les réactions qui sont issues de ces lectures aussi incontrôlées qu’incontrôlables. Je sais, c’est là le but d’un blog! ÃÅ tre lu et susciter des réactions, partager. Mais cela m’est finalement apparu comme peu compatible avec ma frénétique envie de tout contrôler, envie réellement dominatrice.
En particulier, le fait que mes proches et que d’autres personnes que je fréquente, ou ai fréquenté, « dans la vie réelle », puissent lire mes billets me gêne beaucoup. C’est contradictoire, car la décharge émotionnelle immense et jouissive que m’a procuré, des dizaines de fois, le fait de publier mes écrits les plus passionnés, n’a pas d’égal. Ecrire m’a toujours libérée davantage que de créer des visuels (je pense d’ailleurs réunir ces deux aspects dans mes prochains méfaits). Peut-être, simplement, que je n’assume pas vraiment le poids de l’édifice que je suis en train de bâtir?
J’écris pour me soulager, pour garder une trace de tout ce bordel intérieur. J’écris comme un voyeur constituerait l’album photo de la jeune-fille qu’il guette tous les soirs depuis sa fenêtre. Ecrire permet d’être soudain obscène, de donner sa vie à voir d’en dedans, et d’en retirer un grand et long plaisir. Grâce à la plume, j’ai pu franchir des limites que je ne me serais jamais autorisée à franchir autrement, j’ai pu cracher à la tronche de personnes à qui je n’ose pas dire merde, j’ai pu déclarer ma flamme à de froides chimères. Ecrire, pour moi, est un vagabondage sentimental actif, dont je suis très souvent spectatrice. J’observe Marie, tout comme vous, se débattre dans les marais ou dans la rue, croisant des sirènes ou déambulant aux bords de la Tamise, le coeur fourré de pigments multicolores qui ne reverront jamais la couleur du jour. Lire ces pages noircies de sentiments divers m’a permis de me voir sous un autre angle, de mieux comprendre et donc de mieux accepter qui je suis. A 24 ans, j’ai l’impression d’errer depuis longtemps, d’où le « vague » relent de lassitude…
Bref. J’ai déjà écrit de bonnes grosses tartines sur ma démarche de scribouillarde, mon auto-flagellation émotionnelle, ainsi que sur ce que j’attendais, à la base, de ce blog. Neuf mois après son lancement, je ne sais pas trop à quoi j’ai donné naissance.
Une fois n’est pas coutume, je m’interroge sur la pertinence de ce blog.
Résumons le problème: je suis presque gênée d’écrire de manière aussi pathétique et décomplexée (mais pas trop non plus, sinon je n’aurais jamais commencé). Je suis gênée par mes effusions baroques et désespérément romantiques, tout comme je suis gênée de les imposer à autrui. Mais contre ça je ne puis pas grand chose; d’une part parce que tout ça est en moi et qu’il faut bien que je laisse ces pensées vivre leur vie, et d’autre part parce que j’aurais beau vous dire de déguerpir, d’arrêter de me lire, vous ne m’écouteriez pas.
A propos, je me sens aussi démunie face aux quelques effusions de haine et/ou de jalousie croisées sur mon chemin, que méprisante à l’égard des courbettes ridicules censées m’amadouer, moi, le Vif-Argent humain.
En ce moment, je ne vois plus très bien l’intérêt de donner tant à voir, là où moi-même j’ai peu à me mettre sous la dent. L’idée même d’être lue par les quelques individus qui ne devraient pas me lire me rend malade. Talking to people staring. Que vous apporte le fait de me lire, alors qu’à côté de ça, certains d’entre vous témoignent tant de mépris, ou tant de gêne, à l’égard de qui je suis et de ce que je fais? Je vous pose la question. J’ai toujours la désagréable sensation qu’en laissant lire mon blog à n’importe qui, j’offre, sur un plateau, l’opportunité de m’aspirer, gratuitement, anonymement et sans contre-partie d’aucune sorte… Mais si c’est le prix à payer pour affronter le Minothaure, alors soit. Au moins, l’abcès sera crevé.
Je vois Internet comme un grand mur des lamentations, contre lequel chacun y va de sa petite élégie; de même, si j’écris et publie mes états d’âme sur la toile, ce n’est pas pour m’adresser à quelqu’un en particulier. Je crois que ce que je suis en train de demander, c’est simplement qu’on me lâche un peu.
Alors peut-être que ce qui pose problème n’est pas tant le fait d’être lue que de recevoir des commentaires déplacés sur ce que je juge incommentable. Dans ce cas, faudrait-il que j’empêche quelqu’un de laisser un commentaire sur ce genre de billet, de peur que mon ego souffreteux en soit profondément blessé? Ce serait s’inscrire contre l’objectif même d’un blog.
Dans ce cas, faut-il que j’arrête simplement de tenir ce blog à sens unique? J’ai bien pensé limiter l’accès aux billets que je jugerai les plus « intimes » par mot de passe, mais le même problème se pose. Sur mon LiveJournal, c’est ce que je faisais; or, n’avoir de retours que des mêmes personnes, jour après jour, s’avère assez répétitif. Surtout pour moi qui poursuis toujours la quête idiote de vouloir toucher les « quelqu’uns comme moi » à travers ce que j’écris (toute modestie mise à part).
Vous l’aurez compris, je suis un peu bloquée. Impression que ce blog est l’objet d’autant d’amour que de haine. En même temps, je ne vais pas me mettre à donner des conseils beauté ou parler couches-culottes comme d’autres, donc il va bien falloir que je m’y fasse.
Du coup, comme le ras-le-bol a pointé le bout de son nez, j’ai déjà pensé à quelques solutions de secours pour « prendre le relais » tout en continuant à m’exprimer:
- (re)créer un blog sur Aenemya qui, contrairement à ce que j’avais fait sur la version précédente, ne sera pas du tout consacré à mes états d’âmes mais à la progression de mon boulot, à mes ébauches d’images, croquis et autres réalisations multimédia, ainsi qu’aux outils, aux conseils et aux autres designers qui, selon moi, sont susceptibles d’intéresser les visiteurs du site. Je suis tentée mais je crains de m’empêtrer dans une énième rubrique à tenir à jour… Je suis également soucieuse de ne pas franchir les limites entre mes différents sites: si j’écris des billets sur des gens ou des créa que j’aime sur l’éventuel blog aénémique, ça serait de manière très courte et très synthétique, afin d’éviter tout conflit d’intérêt avec La Lune Mauve, où, au contraire, j’écrirai articles et chroniques bien étoffés, sur des sujets plus vastes. Mais quid de mon blog dans ce cas-là?
- refaire le design de ce blog afin d’avoir à nouveau envie d’y écrire. Opter pour un contenu plus scrapbooking et peut-être moins descriptif, tout en continuant à y poster tous mes interludes. Royaume de l’écriture automatique? Reflet incandescent d’un quotidien morne mais magnifié? Feuille accidentellement recouverte d’aquarelle? Je suis toujours préoccupée par le temps que tout ceci demanderait (mais qui était mon objectif premier). En tout cas, j’en retirerai les chroniques de disques et de concerts pour les rappatrier sur La Lune Mauve, tandis que tous les billets concernant mon activité artistique iront se nicher du côté d’Aene. Je suppose que les billets poétiques devront soit rester, soit disparaître;
- fermer définitivement ce blog, et arrêter de vouloir en commencer un nouveau chaque année. Après tout, il est probable que « bloguer » ne soit pas la forme la plus adaptée à mes saillies empoisonnées. Qui sait? Peut-être qu’avec le ronronnement de mes deux autres sites, j’arriverais à me passer de la vierge sanglante;
- me foutre du qu’en dira-t-on et des boulets, et continuer mon petit bonhomme de chemin.






Coup de Vent
31.07.07
Je poste ici dans l’illusoire espoir de faire pencher la balance du coté de l amour, a moitié étonné que tu puisses recevoir tant de haine.
C’est évidemment la meilleure option dans tous les cas. Pas toujours simple à mettre en pratique, je ne le sais que trop bien. Il y aura toujours des personnes pour jalouser un artiste talentueux, tu ne t’y habituera probablement jamais, mais leur montrer qu’ils réussissent à te blesser est bien la plus amère des défaites. Je connais bien ce sentiment de lassitude et, presque toujours, un nouveau projet est salvateur. Créer, comme un besoin de se sentir exister, c’est ce que tu fais, ta voie, ta route. Je n’ai aucun conseil à te donner, juste un peu de soutien…. en coup de vent :P
Marie
31.07.07
Bonjour et bienvenue par ici! Merci pour ce soutien anonyme.
Pour moi, ce n’est pas une défaite, même si, oui, je suis un peu amère. En général j’amortis les coups sans broncher, mais là, ça faisait trop longtemps que ça couvait, il fallait que ça sorte. Parfois la colère s’amoncèle tellement qu’au bout d’un moment tu n’as pas d’autre choix que de la laisser cogner.
Il n’empêche: si personne ne dit jamais rien aux boulets, ils continueront à se comporter comme des boulets en toute impunité.
En outre, ne pas écrire que je suis blessée ne veut pas dire que je ne le suis pas; l’écrire en revanche me permet de relativiser le fait que je le suis. Je ne vois aucune raison de ménager ceux qui ne me ménagent pas; c’est trop facile de baisser la tête et de subir la connerie sans y répondre par une droite, surtout si elle reste métaphorique (je pense que c’est pire qu’une blessure physique).
Parfois, comme c’est le cas ici, il faut juste que la colère sorte une bonne fois pour toutes, et ensuite, pfiou, ça va mieux. :)
Lucy Dreams
1.08.07
Hello Marie!
Je passe régulièrement sur ton blog mais ne prends jamais le temps de te laisser un message.
Aujourd’hui je me « lâche » car je compatis…
Avoir un blog et le tenir n’est pas chose facile.
On est souvent partagé(e) entre l’envie de parler de soi, de partager ses émotions et goûts et celle de faire quelque chose de plus distancié sur l’avancement de nos projets.
Personnellement, je ne me suis posé la question et suis partie du principe que j’étais une seule et même personne et que je ne devais avoir qu’un seule « lieu ». Dans cet esprit, j’ai même abandonné le live journal où je postais les photos de mes BJD.
Je poste les choses comme elles viennent, dans le simple but de tenir au courant des petites choses simples de ma vie, les gens que j’aime et qui ont déménagés loin.
Bien sûr, j’évite de parler de choses trop personnelles de façon ouverte, car Internet est un vrai moulin… mais je continue à voir chaque billet comme une carte postale envoyée aux gens que j’aime où à ceux qui s’intéressent aux mêmes choses que moi.
Quant aux réactions mesquines, j’avoue qu’en 2 ans, je n’en ai eu aucune…
Peut-être suis-je simplement veinarde.
Je vais arrêter là le trip de « ma vie est passionnante »(© vilaine Sophie) car je ne veux pas polluer ton blog, mais je trouverais dommage que tu arrêtes.
Tu donnes du plaisir au gens qui te lisent, tu les intéresses, tu leur fais partager et découvrir beaucoup de choses!
Sans compter sue tu as un style très agréable et des projets plein la tête.
Bref, fermer une fenêtre parce que des cons passent devant serait dommage.
Je pense que faire abstraction, assorti un petit ménage sur les commentaires désobligeants suffirait. ;)
Ne te mets pas de freins et laisse toi aller à ce que tu as à exprimer… tu as une grande richesse et ce serait bien triste.
Laisse passer les énergies. Les bloquer ou le enfermer, ne me semble pas être ce qui t’épanouira.
Plein de bonnes pensées pour toi!
Lucy Dreams.
Marie
1.08.07
Bonsoir Lucy, merci beaucoup pour ton commentaire (bien long, miam miam) qui illumine cette journée bien grise :)
Merci!
C’est tout à fait juste… Je ne l’aurais pas mieux exprimer autrement.
N’hésite pas à commenter à l’avenir! Prends soin de toi. ;)*
Deedlot
2.08.07
Je te répondrais que la dernière solution (t’en foutre des autres et continuer à blogguer) serait celle qui [me] conviendrait le mieux.
Mais je ne suis pas toi et ne peut donc pas me permettre de juger ce qui sera le plus bénéfique pour toi.
Cependant, je pense qu’il serait vraiment dommage de devoir retenir ton venin pour quelques égarés mal-venus qui veulent te pourrir la vie. Surtout si l’acte d’écrire te libère.
Après tout comme tu l’as si bien dit, que les mécontents aillent voir de l’autre côté de la forêt [de mots et d'arbres] si tu y es.
Cependant, et je le reconnais, te conseiller cette solution est également totalement égoiste de ma part, puisqu’elle me permet de caresser l’espoir de pouvoir continuer à te lire.
Ou l’art de rester soi sans trop en dire mais en en disant suffisament pour se libérer de ses tourbillons de mots qui bouillonnent au creux des veines.
Blogguer est finalement beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense.
Prends soin de toi.
Bises
Deed.
Marie
3.08.07
Coucou Deed! ^^ Merci pour ton commentaire et tes conseils.
C’est là toute la difficulté en effet…
Dans mon cas, mouich, car je me prends beaucoup la tête pour pas grand chose, et c’est encore pire que ce n’est pas « pas grand chose ».
Yttrium
16.08.07
Salut,
Tu dis :
C’est justement une problématique qui m’a longtemps mis mal à l’aise.
On cotoie une personne dans la « vie réelle », par ailleurs on lit son blog, qui peut être trés personnel, sans que nécessairement la personne en question le sâche.
Si l’auteur publie ses billets, c’est qu’évidemment en toute connaissance de chose, il sait qu’il sera lu, il l’espère même.
Cependant, désire-t-il que son entourage proche ait connaissance de ces écrits ?
L’entourage ne peut il pas lui aussi sentir une sorte de gêne ?
Le fait d’avoir connaissance d’éléments personnels sur un auteur de blog, sans que celui ne sâche que ses écrits son lu par cet individu qu’il cotoie quotidiennement ne peut il pas être ausi déstabilisant pour le lecteur, qui se positionne presque en voyeur…
Tout cela m’a beaucoup fait réfléchir, et m’a conduit à formuler la théorie suivante :
La publication d’un blog à caractère personnel ne peut (en ce qui me concerne bien sur) se faire qu’en restant totalement anonyme et non identifiable.
C’est un comportement qui peut être jugé comme lâche par certains, mais il est pour moi une condition « sine qua non » d’épanouissement en tant qu’auteur de textes à caractère personnel.
Voila mon opinion, mais cela dit je respecte évidemment les choix de chacun !
Bon courage à toi, et suis tes envies, c’est ta force !
Marie
16.08.07
Bonjour Yttrium, merci d’être venu te perdre par ici et de m’avoir fait part de ta théorie. :)
En m’appuyant sur ma propre expérience de « blogueuse », je peux répondre à tes questions:
- je publie bien mes billets en connaissance de cause; je sais que je serai lue; j’espère parfois que je serai lue, mais pas toujours. Ceci dit il arrive aussi souvent que je me rende compte d’être lue par des personnes que je ne soupçonnais pas de me lire, et c’est en général une sensation très désagréable (mais très utile pour comprendre ce que veut dire « se fixer une limite rédactionnelle »);
- je ne désire pas que mon entourage proche ait connaissance de mes écrits, mais comme je suis imprudente/bavarde/vantarde, la mèche a été vendue d’une manière ou d’une autre;
- mon entourage m’a déjà fait savoir que ce que j’écris le met souvent mal à l’aise voire très mal à l’aise selon les billets.
Après réflexion, je crois que c’est le fait d’avoir eu la preuve tangible que telle personne lit mon blog qui me très mal à l’aise à mon tour. Tant qu’il n’y en a pas eu la preuve, ça ne reste qu’à l’état de supposition, ou, mieux, je n’imagine même pas que cette personne pourrait me lire, donc c’est moins lourd à porter psychologiquement. Ainsi je bride moins mon écriture. Mais dès que j’ai eu cette preuve, ça démolit ma démarche « brute de pomme » et me plonge dans une réflexion qui n’en finit plus sur ce que j’ai le « droit » d’écrire ou pas.
Quant à l’anonymat, je crois qu’on n’est jamais vraiment anonyme sur Internet. Pendant longtemps, l’idée de publier mes sites sous mon vrai patronyme me faisait horreur. Je distinguais clairement ma « vie réelle » de ma présence sur Internet. Depuis, j’ai réalisé que je n’ai rien à cacher, finalement, et que je n’ai donc aucune raison dissimuler mon travail sous un pseudonyme. Certes, j’en utilise un comme tout internaute, mais je ne fais aucun effort pour dissimuler qui se cache derrière lui; j’assume ce que j’ai fait, dit et publié sur le web.
Il est évident qu’écrire un blog personnel sur Internet est un paradoxe en soi puisque rien n’est personnel sur Internet, sauf si tu protèges chacun de tes billets par mot de passe – mais dans ce cas, autant ne pas écrire de blog du tout. Si tu décides de publier ce que tu écris, c’est comme si tu publiais tes mémoires, tu dois t’attendre à ce que tes proches ou tes collègues de travail tombent dessus et te fassent des remarques à ce sujet. C’est le « risque »; en avoir conscience est la base, même si ça force l’auteur à se brider – chose que j’ai personnellement du mal à faire, mais que j’apprends à faire par nécessité. Quiconque publie ses écrits recherche, à mon avis, le fait d’être lu et de toucher des lecteurs, à l’instar d’un artiste qui exposera ses oeuvres dans une quelconque galerie. Si je n’avais pas le désir de toucher autrui, de vider mon sac et que ça se sache, j’écrirai mes pensées dans un journal intime dont moi seule aurais la clé. Est-ce un manque de pudeur ou un besoin viscéral de changer le cours des choses de ma part que d’écrire de cette manière en public? Je parle de la responsabilité de l’auteur; mais comme tu le soulignes, le lecteur partage à part égale cette responsabilité littéraire, puisqu’il est là pour lire, jour après jour, qu’il répond même, parfois, ajoutant de fait du grain à moudre au travail de l’auteur. Dans le cas d’un blog personnel, je n’aime pas la notion de « voyeurisme » car elle suppose que la personne observée n’en sait rien. Dans mon cas, je me sais observée. Toutefois, rien n’oblige personne à venir lire mes billets profondément narcissiques… d’où la responsabilité qui revient au lecteur. Il se doute qu’en allant sur le blog personnel de MG, il va lire les pensées personnelles de MG; tout le monde sait que les pensées personnelles sont rarement aseptisées, il sait donc a priori à quoi s’attendre. D’emblée, la couleur est annoncée: quand je dis « plus près de l’âme, à fleur de peau », ce n’est pas un effet de style, et c’est aussi pour bien dire au lecteur que mon blog n’est ni un blog beauté ni un blog cinéma.
Le plus dur, je trouve, est de continuer à écrire librement sans penser à autre chose qu’à son propre désir décrire, tout en ayant conscience que telle personne, telle personne et aussi telle personne lisent ce que j’écris et qu’il faut donc veiller à révéler trop de choses que ces personnes ignorent. Je trouve ça assez prise de tête et, pour tout dire, cela a clairement freiné mon rythme de publication. A ce titre, je pense ne plus publier mes états d’âme très concrets (sur mes études, par ex), mais continuer à publier mes billets métaphoriques et créatifs, qui à mon sens sont non seulement plus intéressants car plusu niversels, en un sens (j’imagine qu’ils peuvent parfois permettre à certains lecteurs de s’y projeter, même un peu), mais aussi plus sécurisants, et pour les lecteurs et pour moi. Faire dans l’abstraction est peut-être la solution ultime pour se mettre à nu sans en devenir vulnérable…
Comme je l’ai écrit dans ce billet, c’est plus moi qui suis le voyeur de l’histoire, le voyeur de ma propre expérience, que je consigne méticuleusement sur ce support public mais crypté la plupart du temps. Peut-être qu’un jour j’arrêterai de le faire, mais à l’heure actuelle cela me procure une sensation que je ne retrouve nulle part ailleurs et dont je reconnais avoir besoin, tout simplement parce qu’il est difficile et rare de pouvoir partager de telles pensées avec des personnes aux pensées apparemment apparentées dans le morne et codifié quotidien.
Akashka
23.08.07
Que ce blog regorge de senteurs ! :o) Moi qui attache beacoup de souvenirs à des sentiments olfactifs, lire ces pages se révèle être tout a fait différent de ce que tu pensais en l’écrivant !
Je pense que c’est tout a fait juste. Un artiste est souvent palpable a travers ses travaux, personnels j’entends biensure. C’est le debut de tout de s’ouvrir, partager ce petit monde interieur, c’est magique, c’est la première pierre. L’imagination ets une chose que l’on gache tellement souvent dans le monde, en ne s’ouvrant pas !
Les deux ne sont pas si loin l’un de l’autre en fin de compte. Le but étant la réaction à tes billets, eh bien quelle qu’elle soit, je crois qu’elle permet de discuter ses idées. Une artiste peut elle décider d’avoir, seule, la liberté d’expression sur son blog ? :D