« Encore une année de foutue« , comme aurait dit ma Mamie. Je compte d’ailleurs sur mon Papy pour faire passer le message à sa place. Alors, 2008, année foutue ou année qui tue? L’heure du bilan a sonné.
Etudes
Ce que je retiendrai de 2008, c’est que ça a été l’année bénie qui a marqué la fin de mes études. Quand on est en plein dedans, on fantasme sur ce moment particulier où dissertations, exposés et autres devoirs procrastinés ne seront plus qu’un lointain souvenir. On critique les profs, on critique les autres étudiants, on jongle entre des emplois du temps mesquins, on peste contre les pages et les pages noircies qui, à part déformer notre majeur, ne font pas vraiment avancer le schmilblick. Et quand ça s’arrête, on se sent d’abord soulagé; puis nostalgique. On commence à comprendre que « la belle vie » est en train de se terminer. Que c’était quand même bien cool d’avoir son exemplaire de Libé gratos en arrivant le matin. Qu’on aimait beaucoup avoir son après-midi libre. Que les travaux en groupe prenaient une toute autre ampleur s’ils étaient réalisés avec les copines.
On réalise aussi que nos profs ne craignaient pas tant que ça. Personnellement, je dois beaucoup à mes études, toutes difficiles et parfois pénibles qu’elles aient été. Certains cours ont été de véritables coups de foudre intellectuels, et mon regard sur certains sujets a définitivement changé. J’ai quand même eu la liberté d’écrire sur des sujet aussi différents que le visage, les bod mods, les déformations du corps féminin ou, plus récemment, sur l’accessibilité Web.
J’ai passé la majorité de mon cursus dans de grandes écoles, et bien que la mentalité « on est meilleurs que les autres parce qu’on a juste eu la chance de réussir le concours d’entrée » me débecte toujours autant, il faut bien avouer que ces écoles fournissent un suivi et une intensité difficilement égalés. Moi, la bordélique, ça m’a pas mal disciplinée, et obligé à mettre un peu d’ordre dans cette gigantesque fête foraine qu’est ma tête.
Et puis, j’ai eu la chance de fréquenter des tas de gens très différents et de faire des études de terrain que je n’aurais jamais faites autrement: auprès d’une association de lutte contre la violence faite aux femmes, auprès de personnes handicapées, auprès de services publics. J’ai aussi fait des stages très formateurs: de l’Ecole des beaux-arts de Cherbourg où je suis restée huit mois, en passant par une société d’assurance qui m’a permis d’affûter mes compétences en intégration XHTML/CSS, jusqu’à une agence de marketing relationnel qui m’a fait découvrir la relation client et appris à faire des compromis – tous ces univers m’ont enrichie. Même si certains jours étaient plus durs que d’autres, et que je n’ai pas non plus tout adoré.
Bref, je soutiens mon second mémoire ce jeudi, et ça sera là le dernier effort fourni dans les locaux de l’Ecole républicaine. Sans remord ni regret.
Création
On dit souvent que quand un domaine vous réussit, un autre reste en berne. Dans mon cas, je ne peux pas vraiment dire que l’aspect créatif de ma vie soit resté lettre morte ces dernières années, car j’ai, bon an mal an, quand même créé quelques trucs qui m’ont pris du temps, m’ont permis de pratiquer – à défaut de me perfectionner, et m’ont permis de toucher de nouvelles personnes. De l’artwork pour l’album de Project Creation, que je retrouve avec une certaine fierté chez mon disquaire préféré, à la création de mon blog et des exercices littéraires dont il a été l’objet, en passant par mes essais photographiques et par le long travail de re-création de La Lune Mauve, qui est enfin sur le point de voir le jour, ce n’est pas exactement ce que j’appelle de l’inactivité artistique.
Malgré tout, la sensation d’avoir sacrifié une bonne part de mon impulsivité sur l’autel du CV-qui-va-bien persiste. Le rythme effréné des obligations universitaires et professionnelles ne m’a pas permis de prendre le temps de me demander ce que je faisais là ni où j’avais vraiment envie d’aller. Mes pulsions créatrices se sont heurtées, la plupart du temps, à ce bon gros barrage mental du: « ce n’est pas la priorité ».
Cette période d’abstinence créatrice a eu au moins un aspect positif: je sais désormais que quelle que soit mon activité professionnelle, j’aurai définitivement besoin qu’elle soit créative et polyvalente. Avancer de manière créative, non sclérosée. Vivre quelque chose de palpitant, de stimulant. De différent.
Ces derniers jours, je me suis replongée dans La Lune Mauve: relire mes vieilles pages Web, retrouver mes premiers jets infographiques, redécouvrir cet univers qui fut mien et qui a pourtant changé m’a passablement remis les pendules à l’heure. Je réalise enfin le chemin que j’ai parcouru, et les progrès que j’ai faits.
Mon site – ainsi que mes futurs projets – ne sera pas parfait, parce qu’il n’a pas vocation à l’être. La perfection avec laquelle d’aucuns ont souvent tenté de me décourager est une chimère. Ou alors parle-t-on d’une perfection mathématique? Ce n’est pas ma conception de l’art. Moi, je suis amoureuse des failles, des séismes, des trous noirs. Artistiquement ne m’intéressent que les univers défaillants, ébréchés, vulnérables. A mes yeux la vulnérabilité n’exclut pas la force. Cf. Achille. Proposer quelque chose de non consensuel ne peut pas plaire à tout le monde, car tout le monde a souvent peur d’y deviner ses propres failles. Ainsi, ce que je crée dans ma sphère personnelle ne sera jamais parfait et ne remportera jamais l’unanimité. Je commence à peine à l’accepter. « L’affaire est de se libérer soi-même : trouver ses vraies dimensions, ne pas se laisser gêner« : cette maxime de Woolf ne m’a toujours pas quittée.
Bref, 2009 verra en début d’année la remise en orbite de l’Astre pourpre, puis de mon portfolio – encore un projet involontairement procrastiné. De là, j’essaierai de retrouver un rythme créatif personnel acceptable. En plus, bosser sur commande commence à me manquer.
Réseau
Niveau réseau – terme que je ne restreins pas ici au seul domaine professionnel – j’ai rencontré de nouvelles personnes fascinantes. J’ai aussi perdu la trace d’anciens ami-e-s. Tant pis, c’est la vie.
Niveau Web, je me suis plongée à fond dans les réseaux sociaux cette année. Facebook m’a remis en relation avec des gens dont j’avais presque oublié l’existence: des camarades de primaire, de collège, de lycée surtout; des amis d’amis; et même des inconnus absolus. Paradoxalement, je n’ai pas repris contact avec des gens que j’ai pourtant fréquentés assidument, alors que je le pourrais. Où le dispositif basé sur la reprise de contact justifie l’évitement des contacts enquiquinants, à qui justement on aurait des choses à dire.
Bref, tout cela m’amène à penser que les réseaux sociaux, c’est bien, mais c’est pas le Pérou non plus. Ce qui m’agace, c’est les gens dont tu n’as plus eu de nouvelles depuis dix, quinze ans, qui t’ajoutent… et puis c’est tout. Je trouve ça super con. Limite je n’ai presque plus envie d’accepter ces demandes si elles ne s’accompagnent pas d’un petit message. Mais bon j’ai toujours été un peu à cheval sur certains principes. Et puis j’ai qu’à écrire, moi, hein.
Forme
Niveau forme, hé bien, ça a été un peu le yoyo. Des moments de pure pêche acidulée à des moments de pur cafard psychosomatisé. J’ai eu ma première sciatique, d’une douleur que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi. J’ai pas mal gonflé, aussi. Mais depuis quelques mois, je tâche de dégonfler. Pour retrouver mon image-corps, et après la customiser: ma peau a envie de se faire dessiner.
Moralement, ça va mieux. Ces deux dernières années ont été un gigantesque processus de digestion. Seule l’écriture m’a permis de cracher le morceau. L’image s’apprête à le faire, d’une certaine façon.
Et puis les Etats-Unis ont viré leur saleté de président pourri, et choisi un symbole d’espoir, différent, justement. Et ça, ça regonfle un peu ma foi en l’Humain.
Ainsi, espérons qu’en 2009, les questions écologiques passent au premier plan, et que la religion perde encore du terrain. Que je commence à trouver ma voie. Et que Heath Ledger remporte l’Oscar du meilleur acteur.






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