Diatribe pour mains gelées

Here again, telle un papillon cloué au plafond. A moins qu’il ne s’agisse d’une araignée. Ou du carrelage froid sous mon balcon. L’urgence d’écrire enchevêtrée entre plusieurs crépuscules. J’ai rêvé de cette peau bleuie à l’extrême, jadis, désormais cramoisie. Écarlates, flamboyantes, incandescentes, pourpres ou vermeilles, ces chairs mortelles caressent [...]

Here again, telle un papillon cloué au plafond. A moins qu’il ne s’agisse d’une araignée. Ou du carrelage froid sous mon balcon.

Counter clockwise par Henning Ludvigsen

L’urgence d’écrire enchevêtrée entre plusieurs crépuscules. J’ai rêvé de cette peau bleuie à l’extrême, jadis, désormais cramoisie. Écarlates, flamboyantes, incandescentes, pourpres ou vermeilles, ces chairs mortelles caressent de leurs pieds gelés les affres de mes pensées.

Le spectateur – non, l’observateur – se trouve face à un panthéon – non, à un harem. Un harem mortuaire, figé dans la pierre, témoin de l’ère glaciaire qui a emprisonné le cœur de celui qui l’a peint. Un travail d’orfèvre de l’image, où la couleur devient bijou et la matière métal, cristallisant tout un tas de pulsions.

Des images d’une naïveté affligeante. Des corps féminins dociles, maîtrisés, accroupis, moins femmes-fleurs que Poison Ivy; tentatrices ou ingénues, des étrangères au corps mordu, à l’esprit méprisé. Plus elles sont détruites à l’intérieur et belles à l’extérieur, plus elles ont des chances d’acquérir ses faveurs. Des créatures strictement sensuelles, non spirituelles, tandis que les muses spirituelles, ces muses malades, il les envoyait bouler: pas assez sensuelles pour ses mains gelées.

Portrait d’un Usurpateur (je t’aime… mais pas assez), d’une plante vénéneuse, d’une enveloppe sans lettre. De quelqu’un qui ne comprendra jamais. D’un Géant aussi attirant qu’un aimant, aussi lubrique qu’un farfadet.

J’aimais la valse lente de nos vers, le va-et-vient de nos maux, et la façon de nous enterrer vivants sous le papier. Enfin, ma façon de m’emmurer vivante pendant que lui dégoupillait des grenades cannelées…

Andrinople, puis violette, fut la peau dont je me revêtis. Cramées et moisies, ces pensées cueillies à l’aube, que j’offrais à sa Majesté, et qu’elle piétina comme une enfant gâtée. Jouir de voir quelqu’un tomber. Le défi d’écraser quelqu’un d’impressionnant, pas tant techniquement qu’intellectuellement.

Roussâtres, mes capillaires devinrent gris à pleurer.

Il est temps de dévoiler le secret de ce Barbe bleue moderne, masqué à grand renfort de couches oléagineuses, de corps émaciés et de flores béantes. Il donne du sensuel, voire du superficiel, à voir, pour mieux cacher le spirituel. Il s’en défend, ce cerveau dénué de cœur. Un appétit vorace, un Armaggeddon humanoïde, la perversion d’une fleur.

Dévorer autrui pour mieux s’autoérotiser. Voilà son secret.

Peut-être, en effet, qu’on n’y peut rien, que rien ne changera jamais, qu’il est trop atteint par ses orties mentales. Mais dans ce tas d’immondices bleutées, je tremperai encore ma plume. Dans ce Parfait imparfait. Dans ce Passé simple… trop simple.

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2 commentaires

  1. Deedlot

    Encore un écrit que j’aime, et où je retrouve ta touche incisive, séduisante et marquante.
    J’aurai envie de faire un long commentaire, mais mes mots seraient trop maladroits.
    Alors juste, je te redis que j’aime l’encre vitriolée dans laquelle tu trempe ta plume.

    Et oh, je ne comprends que trop bien les mains gelées et bleuies.

  2. Merci Deedlot, ton commentaire me fait chaud au coeur, car je sais que d’une certaine façon tu comprends.*

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