L’action se situe à Karmapolis. Non, attendez… pas vraiment. Mais disons quand même que l’action se situe à Karmapolis. Là-bas, le ciel y est aussi blanc que bas, les visages tirés sont à deux doigts de se casser la gueule, et les clodos sont limite plus joyeux que les ombres qui passent sans les regarder. Ceux-là se demandent comment devenir plus productifs; les autres se demandent comment devenir moins cons. Enfin non, attendez, ça ils ne se le disent pas: c’est moi qui extrapole.
Xavier dit qu’il ne sait pas si c’était obligatoire que le monde devienne un tel bordel, et moi je me dis que ce n’est pas parce que tu te tiens nu devant quelqu’un que ce quelqu’un voit nécessairement qui tu es. Que ce n’est pas parce que tu plies que tu finis forcément par lâcher; que ce n’est pas parce que tu t’ouvres un peu que tu dévoiles tout. L’essentiel, me dis-je, est de se connaître soi-même et se s’apprécier à sa juste valeur. Ni trop, ni trop peu. Même si on voit toujours plus facilement la paille fichée dans l’oeil du voisin que la poutre lourdée dans le sien.
Il y aura toujours une part de mystère, et je crois sincèrement que ce sont les choses cachées qui sont les plus intéressantes. Je me dis aussi que notre regard est quand même foutrement standardisé. Par politesse ou par incompétence, mais surtout par pudeur, j’ai souvent tendance à esquiver plutôt qu’à affronter. J’ai une trouille bleue de déranger, d’empiéter, d’étouffer, de prendre de la place, de me tromper, de blesser… J’essaie de caser mon mètre quatre-vingt-six dans une bouteille; pas facile-facile. Love appearances, ignore conscience. A quoi ça sert? A quoi ça sert?
J’ai chopé la crève; ouais, je suis un peu malade. De ce pays, de ce pseudo-métier, de cette mauvaise humeur. J’ai jamais été du genre à répondre gentiment quand on me balance une grosse baffe dans la gueule, en particulier lorsque celle-ci est imméritée. Pas du tout dans le trip christique, moi. Mais oui, mais oui, la force du mental sur la réalité. Méthode Coué ou daydreaming, comme vous voudrez. Les faits sont là: j’ignore combien de temps le stratagème fera effet.

Je ne suis pas une fille tendance. La preuve, je ne raffole pas des Klaxons. Je trouve ça un peu chiant. Je préfère les Noisettes (par exemple « Don’t Give Up »). Moi, mon monde, ce sera de toute façon toujours davantage un mellotron qui envahit l’Olympia un samedi soir, un mec déguisé en Peter Gabriel lui-même déguisé en fleur, de très bons musicos – du vintage, du « vieux » certes mais qui sonne encore incroyablement contemporain, que tous ces trucs léchés et froids qui sortent aujourd’hui à la pelle. Je ne suis pas tendance non plus car j’aime les mots doux gravés à même le coeur, parce que ça fait partie des instants qui restent, mais que j’aime aussi dire du mal de certaines personnes dans leur dos, parce que de un ça soulage et que de deux ça ne blesse personne. En ça je ne ressemble pas aux gens tendance qui, eux, se foutent bien des émotions tant qu’ils ont un corps disponible à portée, tout en jouant la carte du « soyons politiquement correct ». Pourtant, eux aussi disent du mal des gens dans leur dos. C’est ceux qui parlent le moins qui en mangent le plus, comme diraient les frites. Moi je dirais: c’est ceux qui te sourient le plus qui sont les plus faux-culs. Je préfère quelqu’un d’un peu bourru, pas forcément sympathique au début, mais qui a de vraies choses intéressantes à raconter, plutôt que le petit minois aguicheur qui, flattant, flattant, finira par te bouffer la nageoire. N’est-ce pas. Je me suis souvent dit que savoir que quelqu’un dit du mal de soi dans notre dos est pire que s’il nous le dit en face car ce n’est pas honnête. C’est d’ailleurs pour cette raison que je rends la monnaie de leur pièce aux gens qui ne sont pas honnêtes avec moi en préférant garder les franches saloperies que je ressens pour eux pour mon dos à moi. Ce n’est pas un acte honnête mais je l’admets de bonne grâce. Soutenir l’inverse, qu’on ne fait jamais ça, que c’est mal etc. serait atrocement hypocrite.
Pas trop envie de recevoir des commentaires ce soir. Billet de peu d’intérêt. Vous m’excuserez.






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