Les Dangerêves

J’ai eu vent de personnages étranges qui hantent mes pas et entrent par erreur. Des bruits de couloir et des chuchotements nous ramenant lentement à l’histoire des silhouettes figées au soleil levant. Tu es ce que tu crées. Ces jours-ci, mes nuits sont aussi pâles que Sélène, lâchée à vive allure sur le bout de [...]

J’ai eu vent de personnages étranges qui hantent mes pas et entrent par erreur. Des bruits de couloir et des chuchotements nous ramenant lentement à l’histoire des silhouettes figées au soleil levant. Tu es ce que tu crées.

I just want to be back in your head

Ces jours-ci, mes nuits sont aussi pâles que Sélène, lâchée à vive allure sur le bout de mes doigts colorés. Tu étais ma brume et j’étais ton toit, j’étais ton cygne mais tu n’y arrivais pas – et pourtant Dieu sait que je t’ai souvent prêté ma plume. Caresse de froides particules, des grelots accrochés à ses poignets décharnés – des seringues plantées ici et là pour tenter de faire infuser l’essence même de l’amour

A brûle-pourpoint, ses cheveux blonds dansaient sur une partition anonyme, et cet intense goût de café en bruit de fond me rappelait les moments ternes et doux de mes matins mal réveillés.

Enterrés en moi, le bruit, l’écume et la voie lactée de tes yeux sombres, j’ai ressenti l’envie de t’enfermer dans mes lambeaux, scintillant à la lumière de son crâne à moitié rasé. Nous rions jusqu’à l’apoplexie ou l’évanouissement, lâchés à sang pour sang contre le flot de nos mutines pensées, mutineries sensées… Fais-moi une petite place au creux de tes nuits, je ne tirerai plus la couverture à moi, c’est promis !

« J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. » Paul Nizan, croisé chez Titiou, que je lisais un soir fatiguée…

Ces derniers temps, ce n’est que par bribe que je m’entends penser. Beaucoup de bruit pour rien ; rouille créative et abonnement persistant aux abonnés absents. Il se peut qu’un jour, je me lève, la peau bleue léopard, la taille haute et le front fuyant (on y croirait presque finalement). Ainsi parée, je quitterai mes lointains rivages pour arriver tout au bout de la piste.

D’ici là, mes nuits sont des gouffres sentimentaux. Trop abruti la journée par le boulot, mon esprit, plus tard, reprend ses droits et m’emmène par monts et par vaux. Parfois, il me semble parfois mener une double vie ; d’autres, je me demande encore ce que je fais là…

Les mots ne viennent plus aussi naturellement, ils s’évaporent. Ne plus souffrir = ne plus créer ? La question ne me quitte plus depuis des années.

Un éclat de voix, un éclat de moi, épinglé sur mon nouveau manteau. Il n’y a pas de mauvaise nouvelle particulière, juste une latence démente, des jeudis matins, des coups de chaud, et des tentatives avortées de lire l’avenir dans les feuilles de thé. Vidée, rincée, nettoyée de l’intérieur, il est temps me défaire de cet ultime poids. Pourtant, mes textes sont trop verts et mes joues trop claires, je ne reconnais plus cette figure obstinée à m’emprunter le pas.

Entre ceux qui courent, ceux qui volent, cherchez l’erreur -
Qu’il se consume encore un peu, le diable au corps
D’un geste vif, étouffons ces sensuels brasiers

Et prenons garde, car les Dangerêves rôdent encore…

(Je suis affamée, nourris-moi !)

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4 commentaires

  1. Cryptique à souhait^^

    Ne plus souffrir = ne plus créer ?

    J’ai eu une période un peu comme ça. Incapable d’écrire quoi que ce soit, c’était une période de changements heureux, j’étais sur un nuage. Et complètement incapable d’aligner deux mots.
    L’écriture est très liée à ça, je pense. Donc pour moi ça marche comme ça, pour toi aussi visiblement mais ça ne veut pas dire que la réponse à ta question est « non ».
    Je ne peux pas écrire si je ne suis pas solitaire et un brin torturée (juste un brin me suffit^^) mais en revanche ça ne m’a jamais empêcher de coudre, de dessiner etc. C’est un type de création moins viscéral pour moi, que l’écriture, bien que tout aussi indispensable. Il y a des mediums que je privilégie quand je me sent plus légère. Mais ce n’est pas une règle absolue même pour moi, et ça va être différent pour chaque artiste j’imagine!

    Au fait, j’ai hâte de connaitre ton avis sur le dernier Massive! Une chro sur LLM ou ici?

  2. Merci Anne pour ton commentaire, et pour la « nourriture à cogitation » !

    Comme toi, le « brin de torture mentale » m’aide à écrire. Mais, avec les années, je commence à être plus à l’écoute de pulsions moins négatives, aussi, et à retranscrire ce qu’elles m’inspirent.

    Par rapport à d’anciens écrits, cela me semble parfois moins intense, mais cela fait partie de ma vie, aussi :)

    Sinon pour Massive, oui, définitivement une chronique sur La Lune Mauve un des ces quatre, même s’il me faut encore quelques semaines pour bien le digérer je pense. ^^

  3. Deedlot

    Finalement, le bonheur ne tient qu’à peu de chose.
    Un joli billet poétique comme je les aime, et me voilà entrain de sourire dans ma tasse de thé brûlante.
    C’est un peu l’accalmie qui me permet de mieux repartir, c’est un peu la magie qui fait que les mots résonnent toujours autant en moi.

    Voilà comment une morne journée peut se trouver illuminée par une jolie prose.
    Alors je capture tes mots dans un coin de ma tête et je repars dans le froid avec cette chaleur dans le cœur que produit sur moi tes billets poétiques.

    Je crois que ça m’avait manqué. Beaucoup.

  4. Voilà comment une morne journée peut se trouver illuminée par une jolie prose.

    Et voilà comment une morne journée peut se trouver illuminée par un très joli commentaire :kiss:

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