Litvinenko et les Egyptiennes chassées

Deux nouvelles m’ont interloquée aujourd’hui: l’affaire Litvinenko et « la chasse aux femmes » en Egypte.

Jusqu’à présent, je ne considérais aucun de mes sites comme un support adéquat pour m’exprimer sur le monde contemporain, au sens politique du terme. Je pensais – et pense toujours – que la politique est un « sujet qui fâche », et qu’il est difficile, quand on propose un contenu plutôt onirique (j’ai bien dit « plutôt »), d’y ajouter le réalisme cru du monde qui nous entoure.

Pourtant, ma lecture de Libé du 1er décembre 2006 m’a fait reconsidérer la chose. D’où la création de la rubrique « Monde » sur ce blog.

Deux nouvelles m’ont sidérée. La première, c’est « l’affaire Litvinenko ». A la lecture de l’article « Autour de Moscou, comme une odeur de poison » du quotidien pré-cité, je me suis tout à coup sentie comme dans un épisode d’Alias.

Tout commence le 1er novembre. Alexandre Litvinenko, un ancien agent des services secrets russes exilé à Londres (…), rencontre au Millenium Hotel Dimitri Kovtoun et Andreï Lugovoï – deux hommes d’affaires russes, dont le second est lui aussi un ex-agent secret. Il a aussi rendez-vous avec Mario Scaramella, qui se présente comme un « expert en sécurité« , dans un bar de sushis au centre de la capitale. L’Italien dit lui avoir remis des copies de courriels les menaçant tous les deux. Selon lui, ces intimidations émaneraient des mêmes groupes que les tueurs d’Anna Politkovskaïa, une journaliste critique de la guerre en Tchétchénie abbatue à Moscou le 7 octobre. Quelques heures plus tard, Litvinenko fait un malaise et est admis à l’hôpital général de Barnet. (…) Ses proches accusent les services secrets russes et Poutine. Le 20 octobre, le porte parole du Kremlin qualifie de « pur non-sens » l’hypothèse d’un empoisonnement par Moscou. Trois jours plus tard, l’ex-espion meurt au University-College Hospital. Des traces de polonium 110, un isotope radioactif très puissant, sont retrouvées dans son urine. (…)

Le polonium 110 est un poison efficace, mais peu usité. (…) Les caractéristiques de ce métal radioactif très rare expliquent comment il peut tuer. Le polonium est un « émetteur alpha« , c’est à dire qu’il produit de puissants rayonnements alpha. Dans l’air, ces particules n’agissent que sur quelques centimètres et une simple feuille de papier les arrête. Il est donc très aisé d’en transporter sans aucun risque (…) Le polonium n’agit qu’en cas de contamination interne (par ingestion, inhalation ou injection) ou par contact direct sur la peau. Il se fixe sur les tissus mous et provoque en quelques jours des dysfonctionnements graves de l’organisme qui aboutissent généralement à la mort par collapsus cardio-vasculaire. Quelques microgrammes suffisent pour tuer. (…) Le polonium perd la moitié de sa radioactivité au bout de 138 jours.

Le plus effrayant dans tout ça, c’est la volonté évidente des ennemis de Litvinenko de rendre son agonie la plus visible et la plus terrifiante possible.

« Celui qui a imaginé la mixture qui a tué Litvinenko n’était pas seulement un professionnel, mais un artiste« , souligne le biologiste et journaliste Pavel Lobkov, remarquant qu’on a voulu « faire peur« : « L’idée est la suivante: voici ce que nous pouvons faire de vous en n’importe quel point de la planète, vous mourrez longuement et atrocement, et nous regarderons les reportages à votre sujet‘. »

Edit: le soir, j’apprends que Scaramella lui-même a été empoisonné au polonium.

Le deuxième sujet dont je veux parler m’a, lui, bien davantage outrée.

Pendant l’Aïd, au centre du Caire, une horde d’hommes a violenté toutes les femmes qui passaient, voilées ou non. L’agression a été démentie par le pouvoir. Mais elle illustre la banalisation des violences faites impunément aux femmes et le délabrement de l’Etat égyptien.

Ce 23 octobre, le mois de chawal chassait celui de ramadan. Après un mois d’efforts, l’Egypte célébrait avec liesse la fête de l’Aïd-el-Fitr, qui marque la fin du jeûne. Comme chaque année en ce jour férié, les rues du Caire, noires de monde, résonnaient des clameurs de la foule (…)

Malek Mustafa était au café avec un groupe de blogueurs et de journalistes. Sur son blog (1), il est un des premiers à rapporter les faits. « On nous a dit que des jeunes, frustrés de ne pas avoir pu obtenir des places pour un film, avaient cassé le guichet du cinéma Metro et s’étaient mis à agresser les femmes qui passaient. » Malek et ses amis, incrédules, partent vérifier. Alors que les rues ont commencé à se vider, ils croisent un groupe d’au moins une cinquantaine d’hommes, âgés de 10 à 40 ans, fondant sur une jeune femme, lui palpant le corps et déchirant ses vêtements. « Y en a une autre ici! » crie la foule, en se jetant sur une autre femme, qui parvient, chemise déchiquetée, à s’échapper en s’engouffrant dans un taxi.

Les témoignages sont unanimes: voilée ou tête nue, accompagnée ou pas, jeune, adulte, vêtue de tenues moulantes ou cachée sous un ample khimar sombre, chaque femme qui passe connaît le même sort, encerclée par la meute, violée par des mains brutales. Pendant que les plus vieux agrippent les seins, les plus jeunes se jettent sous leurs robes, tâtant chaque centimètre carré de leurs corps. Les femmes hurlent. La horde s’acharne. Les badauds regardent, ceux qui tentent d’intervenir prennent des coups.
Des commerçants (…) parviennent, à coups de ceinturon, à faire reculer les agresseurs, et mettent quelques filles traumatisées à l’abri derrière les grilles baissées de leurs magasins. Quelques rares gardes de sécurité (…) tentent d’agir. Mais la police, d’ordinaire prompte à réprimer tout mouvement de foule, s’abstient d’intervenir. Malek s’entend répondre, d’un ton désabusé: « C’est l’Aïd. » Il raconte également qu’un officier, voyant un de ses compagnons (…) prendre des photos, le manace de son revolver s’il ne cesse pas. En toute impunité, les agressions vont durer de la tombée du jour jusqu’à minuit.
Devant le mutisme quasi total observé par la presse égyptienne les jours suivants, les blogueurs décident de médiatiser les faits, confirmés par ailleurs à la télévision par une célèbre actrice, Ola Ghanem, témoin des violences. Le ministère de l’Intérieur, sommé (…) de s’expliquer, rétorque que l’absence de plaintes reçues par la police prouve que ces actes ne se sont jamais produits. (…)

Pour la sociologue Dalal-el-Bizri, ces attaques et la banalisation du harcèlement sexuel quotidiennement subi par les Egyptiennes traduisent plus généralement une inquiétante dégardation du statut féminin. C’est en effet aux femmes qu’incombe la responsabilité de se vêtir et de se comporter avec pudeur afin de ne pas provoquer la concupiscence des hommes, relève-t-elle, soulignant aussi que « ces agressions arrivent juste après les propos du mudfti d’Asutralie, qui est lui-même égyptien. »
Le mois dernier, le cheikh Tagel Din Hilali, dans un sermon qui avait fait scandale, avait affirmé, en évoquant des cas de viols en Australie: « Si vous avez de la viande, et que vous la laissez dans la rue sans la couvrir, si les chats arrivent et la mangent, à qui la faute? C’est la faute de la viande. » Et d’ajouter: « Si la femme était chez elle, dans sa chambre, derrière son hijab, il n’y aurait pas de problème. » (…)

« Finalement, note Amr Choubaki [un politologue, ndla], ces évènements montrent l’échec de l’islamisation de ce pays. On n’a jamais autant parlé de morale ou de religion, or il n’y a jamais eu autant de violence et d’actes immoraux. Ces faits sont d’autant plus choquants qu’ils interviennent dans un pays où les mosquées sont pleines. »

(1) http://www.malek-x.net, traduction en anglais disponible sur http://forsoothsayer.blogspot.com

[Photos de les agressions disponibles sur http://misrdigital.blogspirit.com, ndla]

Références:

  • « Chasse aux femmes en Egypte », écrit par Claude Guibal, Libération du 1er décembre 2006, pp.34-35
  • « Autour de Moscou, comme une odeur de poison », écrit par Hélène Despic-Popovic, Karine Le Loët et Jean-Dominique Merchet, ibid., pp.2-4
  • « La probable victime d’une lutte de clans », écrit par Lorraine Millot, ibid., p.3

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22 commentaires

  1. Anne

    On vit dans un monde de fous. Je sais pas quoi dire d’autre…c’est écoeurant.

  2. Oui c’est écoeurant tout comme la condition des femmes au Pakistan (bien que la loi sur l’adultère et le violvienne d’être « adoucie ») ou le déficit de femmes en Asie, et tant de scandales. Mais parfois on peut y faire quelque chose. La politique, au sens large ( l’engagement dans la vie de la cité ), peut servir à cela aussi. Enfin je le crois…

  3. Bienvenue à toi par ici, Hadre, et merci pour ton commentaire. :)

    D’une manière générale, je suis d’accord avec toi que la politique peut servir à faire changer les choses; je dirais même que cela devrait être son but principal (et non pas revenir en arrière, comme ce que certains partis proposent…). Néanmoins, faute d’engagement politique traditionnel, je pense qu’on peut aussi faire évoluer les choses et les mentalités localement, en discutant avec les gens qu’on croise au détour de la vie. J’ai accepté depuis longtemps le fait que je ne pourrai jamais rien changer à l’échelle internationale, et qu’à l’échelle nationale ça sera bien compliqué aussi. Par contre, localement, je pense qu’il faut inciter autrui à réfléchir sur sa propre condition avant de le faire prendre conscience de la condition, souvent moins avantageuse, des autres.

    Pour en revenir à la « chasse aux femmes », on peut néanmoins s’interroger sur l’efficacité de la politique quand on sait que le pouvoir égyptien fait tout pour étouffer l’affaire et a même menacé les témoins qui en parlent publiquement!

    Je lirai les articles dont tu donnes les liens avec intérêt. Ce qu’on peut d’ores et déjà dire, c’est qu’il y a encore beaucoup à faire pour la condition des femmes, ici et ailleurs. Lire ce qui se passe chez ces voisins éloignés nous permet certes de relativiser nos propres problèmes, mais surtout de prendre conscience de tout ce qui reste à faire pour aboutir à un monde égalitaire et pacifique.

  4. Oui, j’engage la « politique » dans un spectre un peu plus vaste que celui que monsieur tout le monde désigne habituellement, c’est à dire la participation de chacun à la vie de la communauté. Pour parler vulgairement : se mêler de ce qui nous regarde.
    Quant à nos voisins, ils ne sont pas si éloignés que cela. Ils se comportent comme tout homme : Homo homini lupus.
    Merci pour le message de bienvenue. C’est un plaisir que de te lire ( surtout un post à couleur « politique » , je n’ai pas pu m’empêcher d’y mettre mon grain de sel. Mea culpa :-) ).

  5. Oui, j’engage la «politique» dans un spectre un peu plus vaste que celui que monsieur tout le monde désigne habituellement, c’est à dire la participation de chacun à la vie de la communauté. Pour parler vulgairement : se mêler de ce qui nous regarde.

    Je suis d’accord avec cette définition, qui se rapproche du sens étymologique du mot « politique ». Après tout chacun d’entre nous vit dans la cité et est directement concerné par la politique. Toutefois, aujourd’hui le mot semble plutôt évoquer « la classe dirigeante et ses décisions incompréhensibles » pour la plupart de nos concitoyens. Je pense qu’il y a un déficit populaire en politique, que la démocratie n’est pas utilisée à 100%. Bref! :)

    Merci pour le message de bienvenue. C’est un plaisir que de te lire ( surtout un post à couleur «politique» , je n’ai pas pu m’empêcher d’y mettre mon grain de sel. Mea culpa :-) ).

    Au contraire, tu as bien fait! J’avais peur de me prendre un gros vent en parlant un peu de politique et de société. Ce blog semble être un bon support pour avoir l’occasion de discuter de manière intéressante avec des personnes différentes, ce qui me réjouis.

  6. Gaëlle

    Bonsoir,

    Je viens de découvrir ton blog et d’y passer un moment, je dois dire que c’est très intéressant.
    Au sujet de Litvinenko, quand on voit que Poutine était agent du KGB en Allemagne, que son deuxième mandat expire -théoriquement- en 2008, qu’à côté des propos grivois ou outranciers (cf. http://www.liberation.fr/actua.....975.FR.php), des chansons à sa gloire sont diffusées sur les ondes, disons que… bon, sommairement, je comprends que tu aies créé une rubrique « monde ». :)

  7. Bonsoir Gaëlle, bienvenue par ici! :)

    Les propos de Poutine sont très choquants en effet! °_°
    Comme quoi la finesse n’est pas une qualité requise pour être chef d’Etat en Russie…

  8. Deedlot

    Ca me revolte de voir qu’on ne considère les femmes que comme des morceaux de viandes à tripoter. On se croirait chez le boucher, à palper la viande pour savoir si elle sera assez tendre ou non.
    Ce qui me fait tout autant chier, c’est que les hommes font ça en groupe. Dès qu’on croise un gars seul, il aurait plutot tendance à se tenir tranquille, mais à partir du moment où ils sont en meutes, ils deviennent plus primaires que des animaux.
    Et bien sûr, les autorités ne font rien, on préfère laisser ce genre d’abus impunis, que de s’avouer vivre dans un pays qui se casse franchement la gueule.
    J’ai souvent envie de partir en guerre contre ce genre de délit. *ça me rappelle le jour où j’ai aidé une jeune femme qui se faisait frapper en pleine rue*

    Concernant les complots russes, je trouve que ça fait « parti du floklore » (c’est assez horrible de dire ça, parce qu’un assassinat n’est pas une chose anodine, mais je n’imagine pas la Russie sans ses quotas de meurtres par an. On voit ça, avec la journaliste ou le banquier assassinés il y a peu).

  9. Ca me revolte de voir qu’on ne considère les femmes que comme des morceaux de viandes à tripoter. On se croirait chez le boucher, à palper la viande pour savoir si elle sera assez tendre ou non.
    Ce qui me fait tout autant chier, c’est que les hommes font ça en groupe. Dès qu’on croise un gars seul, il aurait plutot tendance à se tenir tranquille, mais à partir du moment où ils sont en meutes, ils deviennent plus primaires que des animaux.

    Hélas, il y a encore énormément de boulot avant que plus aucune femme ne soit considéré comme un morceau de viande… Ce n’est pas que je désespère en disant ça, mais bon, je pense qu’on n’est pas sorti-e-s de l’auberge quand on voit qu’en 2006, de telles chasses aux sorcières ont encore lieu! o_O

    Je suis d’accord avec toi sur la comparaison avec les animaux: autant les animaux ne tuent jamais plus que ce dont ils ont besoin pour survivre, autant ils ne violent pas en meute non plus. D’ailleurs, violent-ils? Je pense qu’un fort pourcentage de l’humanité est une sorte de ratage complet, que rien ne pourra jamais faire évoluer. Je suis assez pessimiste sur ce coup-là. L’instinct de troupeau, l’avidité, et l’agressivité sexuelle me semblent être trois fardeaux assez insolubles. Attaquer une femme, pour un homme seul, est déjà déshonorant, mais l’attaquer en meute, est le signe de l’inhumanité la plus totale. A ce stade, ce n’est même plus de la lâcheté, cela relève de la maladie mentale.

    ça me rappelle le jour où j’ai aidé une jeune femme qui se faisait frapper en pleine rue*

    Mm, c’est gai dis moi! Dans quelles circonstances cela s’est-il passé? Peux-tu détailler un peu?

  10. Lily

    Je pense qu’un fort pourcentage de l’humanité est une sorte de ratage complet, que rien ne pourra jamais faire évoluer. Je suis assez pessimiste sur ce coup-là. L’instinct de troupeau, l’avidité, et l’agressivité sexuelle me semblent être trois fardeaux assez insolubles. Attaquer une femme, pour un homme seul, est déjà déshonorant, mais l’attaquer en meute, est le signe de l’inhumanité la plus totale. A ce stade, ce n’est même plus de la lâcheté, cela relève de la maladie mentale.

    Heu? Et si on revenait à la source: la culture…? Il n’est pas question ici d’instinct animal ou quoi que ce soit, parce que parler d’instinc et de fatalité, c’est couper court à tout espoir de changement des moeurs, et c’est aussi justifier les théories selon lesquelles les femmes ne doivent pas porter des trucs trop sexy parce que ça réveille l’animal qui est en chaque homme (et donc ça explique le viol…bref)… que du bonheur quoi!
    Je ne suis pas optimiste non plus, parce que j’ai autant foi en l’être humain que je m’en méfie, et que je sais qu’un changement aussi « radical » ne se fait jamais rapidement. Mais je me dit que si on « éduque » bien les générations futures (je dit on, mais je ne me sens pas vraiment concernée, puisque je ne veux pas d’enfants) aux valeurs comme le respect de l’autre/de la femme, eh bien ça fera peut-être un jour son chemin… Ou alors on sera tous morts parce que le soleil se sera éteint, au choix.
    Ou alors la donne sera totalement inversé: les femmes, étouffées par leur haine et leur dégout de la gente masculine, traiteront leurs homologues mâles avec condescendance et mépris, les maltraiterons et les violeront, tiens!
    haha le scénario science fiction… Mais bon on ne sait jamais… :)

  11. Et si on revenait à la source: la culture…? Il n’est pas question ici d’instinct animal ou quoi que ce soit

    Pour moi la culture n’est pas la source justement: elle est ce qui se greffe par-dessus l’individu brut. On ne naît pas avec de la culture, on l’acquiert. Je pense que c’est accordé soit trop soit trop peu de crédit à l’être humain que de lui nier son instinct. Certes, la culture et donc la socialisation ont pour but de neutraliser ces instincts primaires: mais quand la culture fait défaut – comme c’est le cas ici, exemple pourtant pris dans une société se réclamant de l’ordre et de la moralité – c’est bien l’instinct qui domine.

    Il est naïf de penser que la culture peut tout. Il y a des strates de population à travers laquelle la belle et grande culture ne passera jamais, ou du moins trop peu pour que la révolution des moeurs se fasse avant que le soleil ne s’éteigne, pour reprendre ton image. Comment veux-tu apprendre quoi que ce soit à des individus aussi bestiaux et ignards? A moins de mettre en place une infrastructure solide, qui ne sera jamais supprimée, sur leur lieu de vie, infrastructure qui entourera chacun des individus dont ont parle de deux ou trois tuteurs, à raison de 18 heures d’enseignement de culture par jour, je crains que tu n’iras nulle part avec des personnes souffrant de tels atavismes, d’autant plus que ceux-ci ne sont pas subis, à l’instar d’une maladie mentale, mais bien entretenus. Le gouvernement égyptien lui-même a tout fait pour passer sous silence ces attaques misogynes publiques, protégeant ainsi les malfaiteurs et encourageant limite d’autres à se comporter de la sorte; dans de telles conditions, crois-tu honnêtement que ce même gouvernement va mettre tout ce qui est en son pouvoir pour éduquer son peuple?!… A moins d’un profond changement social et politique qui interviendrait rapidement, rien ne changera! Les gouvernements en général ont intérêt à ce que le peuple leur soit soumis: éduquer, c’est donner les moyens à l’individu de réfléchir par lui-même, donc de ne plus se conduire comme un mouton de panurge imbécile, c’est donc extrêmement subversif en soi. Je doute que dans de tels pays, où la religion flirte de trop près avec la chose publique, le but soit de rendre chacun et chacune conscient et libre, respectueux de soi-même et des autres.

    parce que parler d’instinc et de fatalité, c’est couper court à tout espoir de changement des moeurs, et c’est aussi justifier les théories selon lesquelles les femmes ne doivent pas porter des trucs trop sexy parce que ça réveille l’animal qui est en chaque homme (et donc ça explique le viol…bref)… que du bonheur quoi!

    A aucun moment je n’ai employé le terme de « fatalité » – je ne crois pas au destin personnellement. En outre, je n’ai jamais tenu le discours rigoriste et misogyne du cheikh Tagel Din Hilali, selon lequel la violée est la seule responsable de ce qui lui arrive. Je condamne sévèrement ces propos! Cependant, je considère, oui, que l’humain possède un instinct bestial qu’il est incapable de dominer définitivement, ce que je déplore. Seule la culture pourrait en venir à bout, je suis parfaitement d’accord avec toi: mais seulement au prix de moyens énormes que peu de gouvernements sont actuellement prêts à mettre au service de l’enrichissement intellectuel et donc de la liberté personnelle des individus. Quand on voit que, finalement, bien peu de pays proposent une éducation mixte, laïque et gratuite, il y a du souci à se faire!

  12. Lily

    Quand on voit que, finalement, bien peu de pays proposent une éducation mixte, laïque et gratuite, il y a du souci à se faire!

    Ahahaha, suis-je bête! Eh oui, moi petite européenne « naïvement » athée, j’ai tendance à oublier que les deux tiers du monde sont « religieux », et qu’un bon quart est traditionnaliste voire fanatique… Allez, je vais de ce pas me tirer une balle.

    (Et je disais que je ne voulais pas faire d’enfants… je me lève, et, je confirme!)

  13. Ahahaha, suis-je bête! Eh oui, moi petite européenne «naïvement» athée, j’ai tendance à oublier que les deux tiers du monde sont «religieux», et qu’un bon quart est traditionnaliste voire fanatique… Allez, je vais de ce pas me tirer une balle.

    J’avoue que je ne sais pas sur quel ton il faut lire ceci… Je doute donc du sens. Peux-tu préciser STP?

  14. Lily

    J’avoue que je ne sais pas sur quel ton il faut lire ceci… Je doute donc du sens. Peux-tu préciser STP?

    Pas de ton spécial. C’était sincère. N’y voit aucune attaque personnelle!
    J’aime me rendre compte de mon absence de lucidité, parfois. Et je voulais en faire partager tout le monde! haha
    Et d’ailleurs dans ces moments là je comprend pourquoi j’oublie… :(

  15. Ok, je comprends mieux maintenant. Quand je te disais que discuter avec autrui faisait avancer… ;)

  16. Deedlot

    Mm, c’est gai dis moi! Dans quelles circonstances cela s’est-il passé? Peux-tu détailler un peu?

    C’était en plein jour, dans une rue, une jeune femme a le malheur d’effleurer d’un peu trop près un homme qui marchait sur le trottoir. La demoiselle s’excuse et s’apprête à reprendre son chemin quand le mec la prend par le bras et commence à lui donner des coups de poing au visage et au ventre.
    J’ai été tellement choquée que je me suis avancée et je lui ai attrapé le bras sans réfléchir. L’homme a du être surpris aussi puisqu’il m’a regardé, a craché sur la jeune fille en lui disant que « la prochaine fois, il la laisserait crever dans son sang » et est parti.
    J’ai demandé à la demoiselle si elle le connaissait, elle m’a répondu non.
    Elle m’a remerciée et est partie tant bien que mal. Je lui ai proposé de l’amener à l’hopital pour la faire soigner, mais elle a refusé.
    Après coup, j’ai vraiment eu peur, de me dire que j’aurais très bien pu être à sa place, que le gars aurait pu réagir différement.
    Et je n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé s’ils avaient été plusieurs.

    C’est pour ça que oui, je maintiens, l’homme peut avoir des comportements bestiales, pires qu’animales.

    Heu? Et si on revenait à la source: la culture…? Il n’est pas question ici d’instinct animal ou quoi que ce soit,

    Non, je ne pense pas que la culture soit la source justement.
    Et après avoir vécu ce genre de situation, je peux t’assurer qu’il s’agit bien d’instinc animal, voir pire.
    La culture, c’est une notion bien jolie, toute enrobée de bon sentiment, mais elle est loin d’être « concrète ». C’est sur que dans l’absolue, la culture serait l’idéale pour permettre aux hommes d’enfin se respecter, mais quand on voit le poids de la religion (religion qui, bien sur pour une bonne majorité place les femmes plus bas que terre, Eve elle-même n’est-elle pas la sâle pêcheresse qui a mangé la pomme alors que le fort Adam résistait à la tentation…) dans certains pays, voire même le poids des idéaux moraux selon lesquels les femmes ne seraient que des objets de soumission, je pense qu’il y a vraiment du chemin à parcourir pour la culture.

  17. Lily

    C’est sur que dans l’absolue, la culture serait l’idéale pour permettre aux hommes d’enfin se respecter, mais quand on voit le poids de la religion (religion qui, bien sur pour une bonne majorité place les femmes plus bas que terre, Eve elle-même n’est-elle pas la sâle pêcheresse qui a mangé la pomme alors que le fort Adam résistait à la tentation…) dans certains pays, voire même le poids des idéaux moraux selon lesquels les femmes ne seraient que des objets de soumission, je pense qu’il y a vraiment du chemin à parcourir pour la culture.

    Je ne fais pas de distinction entre la culture et la religion: ces deux choses sont nées de l’homme. La religion est une part de la culture humaine. C’est pour cela que je pense que ce n’est pas l’instinct animal qui pousse les hommes à dénigrer les femmes, mais bien LA CULTURE, ce qui est créé par l’Homme, pour l’Homme.
    cf Wikipédia:

    La culture se définit de cette manière et comme un ensemble de connaissances transmis par des systèmes de croyance, par le raisonnement ou l’expérimentation, qui la développent au sein du comportement humain en relation avec la nature et le monde environnant. Elle comprend ainsi tout ce qui est considéré comme acquisition de l’espèce, indépendamment de son héritage instinctif, considéré comme naturel et inné.

    La religion, dans ses formes extrèmes, est bien une des « raisons » qui font que les femmes sont malmenées. Et c’est donc aussi pour ça que je me dit que si la culture évolue, les esprits évoluent. Tout est une question d’éducation. Il n’y a qu’à voir les (quelques) sociétés matriarcales dans lesquelles les femmes ont le pouvoir: où est l’instinct animal dans ce genre de communautés?

    Egalement, deuxième interrogation: l’instinct animal ne serait-il que masculin? Pourquoi les femmes ne violent pas en meutes et ne lynchent pas des hommes? Parce que ce n’est pas dans leur nature? Ou parce qu’on leur a appris le respect pour l’homme (le père, le mari), parfois dans la violence, d’ailleurs…?

  18. C’est pour cela que je pense que ce n’est pas l’instinct animal qui pousse les hommes à dénigrer les femmes, mais bien LA CULTURE, ce qui est créé par l’Homme, pour l’Homme.

    J’ai repensé à toute cette discussion, et je suis tout à fait d’accord avec toi. Je tiens à apporter quelques précisions à propos de ce que j’ai écrit plus haut:

    Il est naïf de penser que la culture peut tout. Il y a des strates de population à travers laquelle la belle et grande culture ne passera jamais, ou du moins trop peu pour que la révolution des moeurs se fasse avant que le soleil ne s’éteigne, pour reprendre ton image.

    Le fait est que toute couche sociale possède de la culture; mais cette culture diffère d’une couche à l’autre. Les idéaux des unes peuvent être antagonistes des idéaux des autres, ce qui peut poser problème. La Liberté et l’égalité, sans distinction de race, de sexe ou de religion, devraient être sacrées valeurs universelles et être à la base de toute culture. Il me semble toutefois que la culture s’appuie sur les penchants naturels de l’humain (par ex: la peur innée de l’inconnu) et de sa nécessaire adaptation à son milieu de vie.

    Dans ce cas, il ne faudrait pas blâmer les individus mais bien leur culture, et la réformer. Mais cela pose d’autres problèmes éthiques… Dans l’absolu, qu’est-ce qui fait d’une culture qu’elle est meilleure qu’une autre? Des valeurs telles que la liberté et l’égalité peuvent-elles vraiment être des valeurs universelles? Qui de l’oeuf ou de la poule…?

  19. Lily

    Il me semble toutefois que la culture s’appuie sur les penchants naturels de l’humain (par ex: la peur innée de l’inconnu) et de sa nécessaire adaptation à son milieu de vie.

    La domination des femmes par les hommes serait un penchant naturel humain, développé ensuite dans le champ de la culture… Pourquoi pas?
    Mais masculin, alors! Pas féminin! lol…
    Quoi que…?
    Des fois je me demande comment certaines femmes peuvent parfois être plus mysogynes que certains hommes… Est-ce parce qu’on nous a bien bourré le mou depuis des siècles voire des millénaires… donc purement culturel? Ou serait-ce également un penchant naturel?

  20. La domination des femmes par les hommes serait un penchant naturel humain, développé ensuite dans le champ de la culture… Pourquoi pas?
    Mais masculin, alors! Pas féminin! lol…
    Quoi que…?
    Des fois je me demande comment certaines femmes peuvent parfois être plus mysogynes que certains hommes… Est-ce parce qu’on nous a bien bourré le mou depuis des siècles voire des millénaires… donc purement culturel? Ou serait-ce également un penchant naturel?

    A la réflexion, je pense que la domination masculine est un fait purement culturel. En parlant de « penchants naturels de l’humain », je pensais plus à la peur de la mort, par exemple, ou à la peur de l’autre. Tout comme des sociétés matriarcales ont existé, toutes les femmes ne sont pas misogynes: ces différences extrêmes qui existent entre les uns et les autres dans ce domaine prouvent bien qu’il n’y a pas de « penchant humain naturel », que toute disposition est un fait culturel (sinon, nous serions tous des misogynes, par exemple, si la haine des femmes était inscrite dans nos gènes).

    Trève de cauchemar, le débat touche à sa fin il me semble tant que nous ne pourrons l’appuyer sur des écrits scientifiques témoignant de la recherche qui a lieu dans ce domaine.

  21. Lily

    Trève de cauchemar, le débat touche à sa fin

    Oui et je trouve que nous terminons sur une note d’optimisme, si j’ose dire!
    Bon je sais ça fait deux mille ans qu’on est « dominées », mais ne perdons pas espoir et ne cessons pas de nous « plaindre » et de nous battre.
    Continuons ce que les pionnières ont entrepris… et essayons de faire bouger les consciences, puisque c’est de cela qu’il s’agit!

    :D

  22. ne cessons pas de nous «plaindre» et de nous battre.
    Continuons ce que les pionnières ont entrepris… et essayons de faire bouger les consciences, puisque c’est de cela qu’il s’agit!

    Tout à fait d’accord avec toi! Tout n’est pas encore acquis.

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