Je suis frappée par l’éloquence du hasard, une fois de plus. Je viens de découvrir cette peinture, qui m’a immédiatement sidérée (n’est-ce pas là le but d’une oeuvre d’art?), alors que ce matin même j’achetai l’ouvrage « Alchimie et Mystique », fraîchement publié chez Taschen: en le feuilletant, je tombai sur quelque chose de familier, « Melancholia I » de Dürer (1514).

Frappée par l’élément commun de ces deux oeuvres réunies par le hasard tout puissant, je me replonge dans la nouvelle acquisition de ma bibliothèque pour saisir l’essence dudit hasard: « Les néoplatoniciens de Florence vantaient la « bile noire » du tempérament saturnien – mélancolique comme une disposition propre à stimuler les traits de génie et une connaissance profonde de soi. Le creuset (crucibile), qu’on voit en bordure gauche de cette oeuvre de Dürer, symbolise la voie christologique de la purification; on en parcourt les étapes jusqu’à l’apothéose finale à l’aide de la Trinité qui se compose d’esprit très subtil (icosaèdre: quintessence), d’un corps pur (l’agneau) et d’une âme immaculée (la boule blanche) en passant par l’échelle à sept marche de la sublimation. Le quadrangle fait de signes numériques au-dessus de l’ange sert à focaliser l’influx propitiatoire de Jupiter. » [Alexander ROOB, Alchimie et Mystique, Le Musée Hermétique, Taschen, Cologne, 2005, p.203]
Rien que la lecture de l’introduction de ce bouquin m’a appris plus de choses que trois mois de vie. Rythmée par l’imposant « Black Album » de Metallica, ma quête spirituelle se poursuit dans les méandres de l’alchimie, et du symbolisme d’une manière générale. C’est un bon exercice pour moi, l’athée convaincue, de lire ce genre d’ouvrage, où toutes les religions, toutes les croyances, toutes les sociétés secrètes s’effacent au profit d’une tentative de compréhension de « la Grande Enigme ». Parler de l’Un, de la Source, du Grand Architecte de l’Univers ou de Dieu, revient peu ou prou au même. Quel que soit le nom qu’on lui donne, « la Grande Enigme » ne cesse de fasciner, d’inquiéter, car d’elle n’émane aucune certitude. La seule chose absolument sûre dans la vie est la façon dont l’histoire se termine à chaque fois. Ce qui n’est pas vraiment une certitude qui donne envie de chanter « youkaïdi youkaïda », comme qui dirait.
Mais bon, c’est samedi, le thermomètre menace d’éclater à chaque instant, et j’ai d’autres chats à fouetter. L’idée est donc de dépasser l’approche superficielle que j’avais faite des symbolismes en 2004, lors de l’élaboration de la v14 de La Lune Mauve, et de plonger profondément dans ces passionnants sujets afin de donner du grain à moudre à ma quête spirituelle, et, par extension, d’approfondir les racines philosophiques de ce projet planétaire. Ce genre d’iconographie a, de toute façon, le don de m’émerveiller et de m’inspirer infiniment. Je parlais d’ailleurs de cette pochette de Tangerine Dream dans une de mes précédentes entrées; « comme par hasard », je retrouve, dans « Alchimie et Mysticisme », des illustrations du XVIIe qui rappelle cette idée de planète noire, source de l’infini. L’idée de monde(s) dans un monde me harcelle depuis que j’ai vu ce tableau de Jérôme Bosch, sur les volets extérieurs du « Jardin des Délices » (1510):

Moi qui étais partie pour une overdose, non pas de mauve, mais de couleurs, j’avoue que ces travaux divers me donnent envie de créer au moins un visuel sinon terne, au moins très épuré, aérien, pâle, presque transparent. Au départ, je pensais représenter ma Lune sur le visuel à dominante noir, qui ferait office de page d’accueil du site, de manière assez surprenante. Mais en réfléchissant à ces images diverses, en me plongeant dans le XVIe siècle, je me dis que cela pourrait être intéressant de donner une autre interprétation de cette Lune, tantôt blanche, tantôt grise, celle que l’on voit depuis Terre. Lune, globe occulaire, oeuf, poche amniotique, nacre, iridescence… J’aimerais goûter à cette fragilité toute lunaire que j’essaie pourtant de camoufler, à grand renfort de couleurs agressives, sous ma peau. Travailler sur un projet artistique aussi exigeant que La Lune Mauve va pourtant m’obliger de contre-carrer cette intériorisation excessive à laquelle je suis habituée, et que des évènements émotionnels récents ne font que rendre plus irréductible encore.
La seule certitude que j’ai pour le moment, est la volonté de créer de nouveaux mondes, des mondes insoupçonnés, des mondes auxquels on voudrait appartenir, dont on souhaiterait qu’ils soient réels. Je ne pense pas cela dit que j’attendrais un tel objectif avec la v15, car c’est quelque chose de très ambitieux pour lequel je n’ai pas encore assez de compétences techniques, pour lequel je n’ai pas encore assez sollicité mon imaginaire fantasque. Mais cela verra le jour… d’une manière ou d’une autre.


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