Marie au pays des études qui n'en finissent jamais

Passer des entretiens oraux et autres concours à Paris alors que vous habitez à Lyon, Auxerre ou Katmandou relève plus du chemin de croix que du parcours de santé. Prenons un exemple simple, mais néanmoins riche, pour illustrer cette théorie: moi. Ce matin, j’étais en effet convoquée dans une grande école de communication parisienne, à [...]

Passer des entretiens oraux et autres concours à Paris alors que vous habitez à Lyon, Auxerre ou Katmandou relève plus du chemin de croix que du parcours de santé. Prenons un exemple simple, mais néanmoins riche, pour illustrer cette théorie: moi.

Ce matin, j’étais en effet convoquée dans une grande école de communication parisienne, à Neuilly, pour un entretien d’admission dans un Master 2 pile dans mes cordes, après avoir, à ma grande surprise, réussi la première épreuve de sélection, à savoir un concours écrit.

Passons sur les petites déconvenues rencontrées le jour du concours: environ 2000 candidats présents (tous les concours d’admissibilité de tous les Masters 2 de cette école avaient lieu en même temps), pourtant aucune indication quant aux étages et aux salles où se déroulaient les épreuves de chacun, alors que la Maison des examens d’Arcueil – lieu que je commence à bien connaître pour y avoir passé les concours respectifs de Sciences Po Paris et de l’Ecole du Louvre il y a quelques années – est un lieu gigantesque. Moi, avec ma chance habituelle, je demande alors à un des gardiens du bâtiment, comme pleins d’autres candidats, où je dois me rendre avec le numéro d’inscription reçu par courrier quelques jours plus tôt, vu qu’il n’y avait écrit nulle part où chaque numéro était supposé aller. Vive l’organisation à la française – après on se demande pourquoi on n’est pas plus compétitifs sur la scène internationale. Enfin passons. Donc le monsieur m’indique que mon numéro d’inscription correspond à la salle B7, c’est à dire bâtiment B, septième étage. Pas de problème: je grimpe les 7 étages du dit bâtiment, assez rapidement vu qu’il ne restait que vingt minutes avant le début de l’épreuve, en enjambant les candidats assis comme des cons dans les escaliers, ralentissant et emmerdant ceux qui, comme moi, devaient accéder aux étages supérieurs.

Une fois arrivée au septième étage du bâtiment B, faisant la queue pendant dix minutes afin de signer la fiche de présence et d’accéder à la salle, je fus très désappointée d’apprendre par le surveillant que mon numéro d’inscription correspondait non pas à la salle B7 mais à la salle C7, située au septième étage du bâtiment C, ce qui voulait dire que j’allais devoir redescendre les sept étages que je venais de monter quatre à quatre, trouver le bâtiment C, remonter les sept nouveaux étages, puis refaire la queue afin de signer la vraie fiche de présence alors qu’il restait, montre en main, huit minutes avant le début de l’épreuve. Je vous dis pas le stress. Donc j’ai couru. Vite.

Une fois ce « petit » problème réglé, il y a eu le problème du timing de l’épreuve, qui consistait en une note de synthèse à réaliser en quatre heures. A priori rôdée aux épreuves, examens et concours de toutes sortes, le hasard voulut que je n’eus jamais fait de notes de synthèse de toute ma vie universitaire; en clair, le seul type d’exercice que je ne maîtrisais pas, c’était précisément celui-là. Ce qui m’a logiquement amenée à commettre l’erreur de base: perdre trop de temps à lire la quarantaine d’articles fournis pour répondre au sujet (à savoir: la mort de la télévision, réelle ou fantasmée). Voulant trop bien faire, je passai trois heures à rédiger mes brouillons, super chiadés du coup; mais, sur quatre heures, passer trois heures sur ses brouillons est clairement trop long. Ainsi, au bout de trois heures quarante, j’avais répondu à peu près correctement à la première des deux questions, sans toutefois avoir le temps d’entrer dans le détail. Il ne me restait donc que vingt minutes pour répondre à la seconde question, ce qui me contraignit à faire ce que je déteste faire, c’est à dire répondre de manière ultra synthétique, sous forme de liste, sans développer, avec introduction et conclusion rapides. C’est craignos, mais le but de l’épreuve étant de voir comment le candidat gère un temps donné, le but était bien évidemment de conclure absolument sur les deux questions, quels qu’aient été leurs développements. Donc, j’ai fait ça à l’arrache – Marie tout craché, quoi.

En sortant de l’épreuve, les mains toutes rouges et des crampes dans les doigts tellement j’avais gratté, j’étais convaincue d’avoir royalement foiré le concours: le lointain espoir d’intégrer un jour la célèbre école de communication sus-citée ne se réduisait plus qu’à une peau de chagrin. J’enterrai vite cet espoir et décidai de passer à autre chose.

Pourtant, dimanche soir, alors que je n’y pensais absolument plus (le concours remonte à fin mai), et que j’étais en train de faire la bringue avec mes amis lunemauviens, mon paternel m’appelle pour m’annoncer que j’avais réussi l’écrit et que je faisais partie des 31 candidats autorisés à passer l’entretien d’admission. Heureusement qu’il était allé regarder les résultats sur le site web de l’école, sinon je serais très certainement passée à côté de la chance de ma vie. A vrai dire, j’étais tellement persuadée d’avoir planté le concours que je ne pensais plus du tout à aller voir les résultats… Si ça se trouve, je ne serais même jamais allée les consulter… Donc, petit conseil à mes chers lecteurs: allez toujours, toujours, toujours consulter les résultats des concours et exams que vous passez, même si vous avez la sensation d’avoir tout foiré! Ça serait vraiment stupide de passer à côté d’une occasion en or à cause d’un manque de confiance en soi (n’est-ce pas Marie).

J’en reviens donc à hier soir, veille du fameux oral d’admission. Ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai déjà passé deux autres entretiens d’admission en Master 2 ces deux dernières semaines, l’un dans une autre fac parisienne et l’autre à Lyon 2 (où je finis actuellement mon année de DUCCI2). Lors de ces deux entretiens, les profs ont bloqué sur mon book, qu’ils ont systématiquement jugé « trop gothique ». Bon. En même temps, et c’est ce que je leur ai répondu, je me voyais mal « travestir » mon book en y mettant des trucs absolument pas représentatifs de mon travail, style illustrations vectorielles avec des fleurs, ce genre de choses. J’aurais eu l’impression de ne pas être honnête, et avec eux et avec moi-même. J’ai donc mis dans ce book, logique, les images et les interfaces qui me semblaient les plus représentatives de ce que j’ai déjà fait. Or, comme on ne m’a jamais appris à faire un book selon la norme en vigueur (car visiblement il existe une norme en vigueur en la matière, ce que j’ignorais – handicap classique de l’autodidacte), j’ai constitué le mien de manière intuitive, en suivant un ordre chronologique: d’abord mes images perso, puis les interfaces de site, les pochettes d’album, les photos, et ensuite les coupures de presse, dans l’ordre d’apparition en somme. Mais visiblement, ce n’était pas comme ça qu’il fallait faire.

Du coup, hier soir, stressée à mort par l’entretien à Neuilly, ayant un peu en travers de la gorge les critiques essuyées par mon book (par exemple que mon travail « fait hard rock »! Quelle révélation!), et voulant mettre toutes les chances de mon côté pour réussir, je me suis décidée à refaire ce satané book. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais probablement regretté; en ce sens, autant passer une nuit courte mais constructive. J’ai donc relevé mes manches, sorti toutes les pages de tous les intercalaires, retiré les prints collés sur chaque page, enlevé les 76 morceaux de Patafix utilisés pour que les prints restent bien en place, réimprimé toutes les interfaces de sites (que j’ai voulu mettre davantage en valeur en les imprimant en plus grand: avant, j’en avais mis deux petites par page, cette fois-ci j’ai choisi d’en mettre une grande par page, ce qui rend l’ensemble plus visible et moins condensé, mettant plus en valeur mon travail sur commande, aux dépens de mes images perso, vu que c’étaient celles-ci qui posaient problème apparemment). Bref, mon imprimante, toujours aussi relou, faisant des siennes (genre mettre 10 minutes à analyser l’image à imprimer en provenance de Photoshop), et moi, toujours aussi control freak, au final tout refaire m’a pris au moins quatre heures. C’est simple, j’ai commencé à 20h et j’ai fini à minuit, avant de mettre encore une heure à imprimer le plan de Neuilly, tenter d’imprimer la liste des candidats retenus, imprimer le programme du Master pour préparer mon speech dans le train, préparer mon sac, mes fringues, stresser à mort, etc, etc.

Je me suis couchée à 1h du matin. Or, se coucher à 1h du mat’ pour se lever quatre heures plus tard, c’est dur. Très dur. Encore plus quand on a un entretien important le lendemain. Du coup, quand le réveil a sonné ce matin, j’avais l’impression d’être en plein cauchemar, toute la fatigue accumulée ces derniers mois me tombant sur la gueule comme une enclume. Sympa, comme sensation. De quoi mettre en confiance. Je ne me laissai pourtant pas abattre et réunis les quelques forces qui me restaient pour affronter cette journée de la manière la plus positive possible. Petit dèj’, métro, mon Libé sous le bras (avec, en une, les relations entre Sarkozy et les médias, tiens donc), j’étais prête à prendre le TGV dont l’aller simple pour Paris m’a quand même coûté 58,50€, en dépit de la carte 12/25.

Prendre le train est toujours, pour moi, la porte ouverte vers de nouvelles aventures. Pas dans le sens « partir vers l’inconnu, sensation de découverte, voyages », mais plus dans le sens « je vais forcément tomber sur un gros boulet qui va faire péter le sandwich aux oeufs et le bouffer sous mon nez ». Bon, comme le TGV partait de Lyon à 6h30, j’ai échappé aux odeurs suspectes (quoi que). Par contre, j’ai eu droit à l’homme d’affaire pas gêné de gueuler dans son téléphone portable en pleine voiture, à la vérification (désormais systématique) de ma carte 12/25 et de ma pièce d’identité par le contrôleur (des fois que j’ai 46 ans et que j’utilise la carte de réductions de manière frauduleuse…), tomber sur une place à 4 alors qu’il y avait pleins de places à 2 sans personne (j’aurais pu changer de place, certes, mais d’une je suis bien élevée, et de deux, je crains toujours qu’au bout de vingt minutes un retardataire vienne effectivement réclamer la place que j’occupe ainsi de manière indue, me faisant dégager et retourner à ma place initiale – désagrément bien superficiel, je l’admets, mais que je trouve suffisamment chiant pour ne plus me fatiguer à prendre le risque qu’il se présente). Ce que je n’ai pas compris, c’est que la SNCF m’a vendu mon billet 58,50€ sous prétexte que le départ était en période de pointe, et qu’il ne restait plus de places à -50%. Pourtant, le TGV n’était rempli qu’au tiers! J’ai trouvé que c’était un peu du foutage de gueule pour le coup. Mais enfin passons. Contrairement à beaucoup de mes concitoyens, moi j’aime la SNCF.

Après deux heures de train passées dans un état profondément léthargique (doux euphémisme), je suis arrivée à 8h25 à Paris. Mon entretien n’étant programmé qu’à 11h, j’avais le temps de me poser, prendre un café et préparer encore ce que j’allais dire. J’étais tellement fatiguée que j’ai eu la flemme d’aller me poser au Jardin des Tuileries, ce que je fais d’habitude. J’ai pris un café hors de prix chez Upper Crust, avant de me poser sur un des sièges d’attente du hall de la gare, mettre dix minutes à me réveiller puis sortir notes et bouquins. C’était croquignolet.

Je me rendai ensuite à Levallois en métro, puis trouvai sans trop de mal l’adresse de l’école – établissement tout blanc, extrêmement clean, me rappelant pas mal Sciences Po, avec jardinet privé, étudiants en costard et tout. Moi, j’étais en jean et Converse. Ambiance.

Mon entretien se passa. Par susperstition, je n’entrerai pas dans les détails aujourd’hui.

Dans le métro de retour, je réussis à me faire piquer sur la main par le seul putain de moustique de toute la voiture. Ce genre de trucs n’arrivent qu’à moi. Je repris ensuite le TGV (cette fois-ci le billet de retour ne me coûta que 29€, ouf!), entourée d’hommes d’affaires au rabais, genre je gueule super fort et laisse sonner six fois mon portable avec sa sonnerie débilisante, bien évidemment réglée sur le volume maximum, pour bien montrer à tout le monde que j’appartiens à la France d’en haut et pas vous, pauvres mécréants (sauf que dans le cas d’espèce, ça faisait plus parodie de France d’en haut qu’autre chose, les vrais business men voyageant en général en première classe), et assise en face d’une femme d’une cinquantaine d’année lisant une revue chrétienne du style « Vivre et aimer », avec, comme phrase d’accroche sur la quatrième de couverture, « L’amour chasse la peur ». Mmmmm! Tout ce que j’aime.

Arrivée en gare de Lyon Part-Dieu, exténuée, je n’eus pas le courage de reprendre le métro pour la énième fois de la journée. Je décidai donc de rentrer à pieds chez moi (environ 20 minutes). Je longeai moult chantiers, avec pleins d’ouvriers bien lourds qui me scrutaient de derrière les grilles qui me séparaient d’eux (ouf! bis), marchai le long de trottoirs en travaux depuis huit mois, supportai les deux-trois klaxons des beaufs habituels, avant de rentrer chez moi, d’ôter vêtements et chaussures, de fermer les volets, mettre des boules Quiès, et de piquer un petit somme – même s’il n’était que 16h18. Me réveillant dans la soirée, la dernière chose que je ferai ce soir a été de taper ce long billet. Maintenant, dodo.

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6 commentaires

  1. Pas grand chose à dire, j’émerge et je suis HS ! Bravo pour tout ce que tu as déjà réussi et je croise les doigts pour ton entretien! Et si d’aventure tu es à Paris une fois et que tu as envie qu’on aille boire un thé ou se balader un peu, fais moi signe !

  2. Les aventures de Marie au pays des humains ;o)
    Je commençais un peu à flipper hier après le visionnage d’un doc sur les accidents des trains (mais bon, un accident sur 1 milliard je crois) mais finalement c’est vrai que c’est pas la securité le plus flippant dans les trains, c’est les voisins que tu as! ^^
    *ta ta ta taaaa, ta ta ta taaa taaa!* (musique d’un générique d’un film d’aventure connu, sauriez vous le reconnaître?!)

  3. @Elsime: tu vis à Paris désormais? :)

    @Tatiana: je pense que les accidents de train sont très minoritaires par rapport aux accidents de la route. J’ai pas reconnu le générique… Magnum? Mac Gyver?

  4. Ubix

    Tout le monde en costard, c’était vrai en plus! Quand est ce que tu t’y mets? ^^ (j’imagine le décallage monstrueux à présenter en tailleur un travail si, comment dire… ah oui, si hard-rock).

    Je ne le formulerai pas sous forme de question parce que je sais qu’il reste la superstition, mais je suis curieux de savoir ce qui a été dit (ou n’a pas été dit) à propos de la nouvelle organisation du book, s’il est bien « en règle » avec la norme ou autre. Suite à un autre épisode. ;-)

  5. @Ubix:

    Quand est ce que tu t’y mets? ^^

    Pas tout de suite :-P

    Suite au prochain épisode, effectivement. :)

  6. Oh tiens l’histoire du book…moi c’est encore mieux la seule réponse à laquelle j’ai eue le droit c’est que mon book ne correspondait pas à la formation…
    Alors que dans une autre école le mec avait été super sympa en me disant que j’avais mon univers et qu’il me prenais dans son école quand je voulais…(bon seul problème école à 1h45 de chez moi :/ )

    Mais oui le problème c’est que comme toi on ne m’a pas appris à faire un book et que la je bloque pour la fin de l’année où je dois présenter mon book devant un jury…je ne sais vraiment pas comment je vais faire vu que mon book est plus photos et web que book de graphiste.
    Je sens que je vais me faire casser ! Et en même temps je n’ai pas envie de me plier devant les exigeances de la prof pour que mon book soit passe partout. Je part du principe que ça doit avant tout me plaire avant de plaire aux autre sinon je ne serai pas à l’aise avec mon travail.

    La prof de com visuelle, nous a quand même sorti :
    « De toute façon à la fin c’est moi qui déciderai ce que vous mettrez ou ne mettrez pas dans votre book » je peux te dire que cette phrase m’est resté en travers…c’est quand même notre boulot qu’il y a dedans, pas le sien, donc le minimum est quand même de nous laisser choisir nos travaux.

    En tout cas bon courage pour ton entretien, j’espère qu’il s’est bien passé et que tu seras prise.

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