Bouteille jetée à la mer depuis un cours de Lingo incompréhensible (à moins que ça ne soit moi qui ne cherche pas à comprendre – fort possible), je reprends le clavier au milieu d’une période d’abstinence qui me semble une éternité. En d’autres termes: début d’un nouveau billet imbibé de lassitude maraboutée grâce à l’écriture. Page blanche, calme plutôt blanc car ici bas rien ne suffit, en ce moment, pour affûter ma plume. Même au niveau images, zéro. Pointes acérées au regard temps qui s’essouffle, ça oui.
Paradoxe: la seule année où je fais des études centrées sur l’infographie, censée être « ma passion », est la seule année où je trébuche et tombe, en panne d’inspiration. En y repensant, ce n’est pas vraiment un manque d’inspiration, mais plutôt l’incapacité de la canaliser de manière fructueuse. Mon frêle esquiffe s’est mangé un iceberg en pleine poire: je pars à peine à l’assaut de la partie immergée, au bout de ce qui m’a semblé être un million d’années. D’habitude, j’ouvrai ma gueule à qui mieux-mieux pour faire fermer celle des choses qui s’agitent sous mon lit. Or depuis quelques temps, ma voix s’est éteinte, muette, enterrée sauvage, et c’est la peur au bide que je reste, là, prostrée, sur ce lit, les paumes moites et le coeur en vrac, à observer en silence les ombres qui se glissent le long des murs. Immobile, j’attends. Une sorte de calme blanc sur le bout de la langue. Peu de voix, trop d’émois – comme d’hab.
Quand je me mets en mode « rayons X », et que j’observe mes humeurs, c’est une puissance gigantesque qui s’avance sur moi. Je la jauge, je la guette, l’avale; je ne la digère pas. Et c’est ce familier goût de bile qui à mon palais vient frapper, portant sur lui de précieux atours qui vont, viennent et se retournent sans hésiter. Jusqu’à présent, j’étais convaincue d’avoir tout compris. Pour la première fois de ma vie, je ne comprends plus, ne cherche plus à comprendre. L’instinct me guide, l’enfer s’inhibe.
Aux très gracieux rivages j’aimerais dire
Que rien n’a plus d’effet que les vieux soupirs
Qui comme le vent aux rochers viennent prédire
L’atroce sensation du temps qui passe, trépasse
Yes. Et pas plus avancée. Depuis des années j’innonde mes carnets du mot « se réapproprier », ceci, cela, untel, autrui, tout ça, moi-même, sans que cela n’aboutisse à quoi que ce soit. Comme si j’avais réussi à prédire, en quelque sorte, les mots qui caractérisent aujourd’hui mon état d’esprit, sans que mes actes ne les suivent. Ce n’est qu’aujourd’hui que je trouve un semblant de voix. Avant, tout était en place, immobile. Désormais, les choses sont en mouvement; sorte de quête solitaire à la poursuite de quoi, je vous le demande. Je découvre une certaine Marie, nue et fragile en plein milieu de mon désert intime. Assez de temps passé à ramasser les morceaux des autres; apprendre à ramasser les miens. Ce n’est pas une souffrance (même si l’ennui en est une), plutôt une délivrance – précoce, encore incomprise, brutale, frontale. Mais oui, calme blanc. Trop calme, trop blanc; tête baissée, flèches aux flancs, rebus entier d’une vie plus subie que rêvée.
Il y a quelque chose dans l’air du temps que je ne comprends pas. En conséquence de quoi, je n’arrive pas à le représenter, ce je ne sais quoi qui palpite et qui gonfle puis s’affine comme une veine. Année charnière, transition vers l’âge adulte, d’aucuns diront; mais en moi, goût d’une (r)évolution spirituelle. Réussir à fixer mon esprit sur une forme de vérité, trouver mon droit chemin, grand ménage de printemps mental. Je jette, je garde, je régurgite.
Même si au regard de mon activité ralentie ces depuis plusieurs mois, c’est très flagrant, je redis aujourd’hui que j’ai pris la décision de me retirer progressivement d’Internet, le temps de reconstruire mes home sweet home lunaire et aénémique. Abris virtuels contre lesquels s’écrasent les vagues existentielles. Ce blog lui-même est actuellement remis en question; je me demande s’il sert réellement à quelque chose, à part enfoncer des portes ouvertes. Je me sens compressée; mal à l’aise. Finalement, j’avais peut-être tort d’en attendre quoi que ce soit. La vérité semble ailleurs. Alors à quoi ça sert? Je me le demande.
D’ici là, je me sens une ombre, pâle et froide alors qu’il y aurait tant de choses à dire. Peut-être que la roue tourne et qu’après une ou deux heures fastes, mon écriture s’assèche. Où est la Source? Rien ne s’y substitue, je reste là, la peur au bide, prostrée, sur ce lit, les paumes moites et le coeur en vrac, à observer en silence les ombres qui se glissent le long des murs.
Eternelle mélancolique aux dents de scie. Impossible rencontre entre le personnage public, tenu de bien se comporter et de faire bonne figure (inconvénient de s’être auto-promue sur le net), d’avoir de belles choses intelligentes à dire, et le soi intime, forcément inaccessible, mouvement de balancier qui s’ennivre lorsqu’il se perd au milieu des rivages. A cette heure, je ne sais laquelle des deux m’observe, en silence, à l’autre bout de la pièce. Reproduisant mécaniquement chacun de mes gestes, hantant mon regard et noyant ma conscience sous une touche de cyan. Malgré moi, je me surprends à fixer l’embrasure de la porte – juste une embrasure, minime – et me demande quel être est tapis, là, et m’observe comme je l’observe. Mes yeux s’attardent puis se lassent des surfaces miroitantes qui ici et là renvoient quelque anamorphose disgracieuse, montrant le monstre du doigt. Pas dans le coeur, mais sur la peau – et c’est bien pire.






lynn
6.04.07
est ce enfoncer une porte ouverte de dire combien est grande l’excitation apaisée – de lire des mots qui semblent retracer ,une sensation, un état d’esprit, qui jusqu’alors n’était que synonyme d’inexprimable, de solitude
des mots bien precieux pour dire quelquechose de plus excitant, c’est formidable de lire un blog pareil, vraiment
yop!
7.04.07
Internet ou pas internet, ça ne résoudra rien, je pense, mais faire une pause peut faire du bien.
A part ça, il y a une phrase de Rimbaud qui me hante et qui a bizarrement il y a quelques jours dans la bouche d’un ami avec qui nous avons passé la nuit à en explorer le sens.. au grand dam des autres convives.
Autant avoué que nous ne sommes pas plus avancés mais cette curiosité forcée est bénéfique à l’inspiration, justement.
Attention, quatre mots qui font tout:
» Je est un autre. »
Bonne chance et cogitum ergo sum.
Marie
9.04.07
Merci, contente que tu y trouves quelque chose à te mettre sous la dent :)
Certes :)
VladArakAroke
11.04.07
bah, ce qui ne sert à rien est très bien. j’aime beaucoup ton blog, et utile ou non, là n’est pas la question :)
Marie
11.04.07
Hello, VladArakAroke, bienvenue par ici et merci pour ton commentaire! :)
Je ne me suis jamais attendue à changer la face du monde avec ce petit blog, bien sûr; mais j’avais une confiance, naïve, en sa capacité à me faire poser par écrit mes états d’âme afin de mieux les comprendre. Je n’en suis que plus confuse encore.
Mayoka
11.04.07
Une chose est sure tu exprimes bien mieux que moi ce que tu ressens.
Je suis comme beaucoup ici une des liseuses (je sais ça se dit pas) assidue de ton blog, j’attends toujours avec impatience qu’un nouveau post pointe son nez, même si je ne le commente pas toujours.
Mon blog est pour moi un moyen de me décharger de tout ce que j’ai en tête, de faire le tri et le vide, ça ne marche pas à tout les coups ou quand ça marche c’est de courte durée. Mais ça fait maintenant trois ans que je décharge mon esprit sur le web, trois ans que j’ai la sensation de stagner et de me répéter indéfiniment…
Et finalement je crois qu’écrire comme ça quant on en ressent le besoin, lâcher ses mots sur du papier ou une page web, nous aide dans notre construction de nous même, nous permet de nous comprendre et surtout de nous poser toute sorte de questions.
L’écriture a toujours été mon moyen d’expression favori… j’écris depuis que j’ai appris, seuls le style et les sujets changent, mais en regardant bien je reste la même à écrire dès que je vais mal ou en ressens le besoin….
Désol de t’avoir encore écris un roman, surtout pour parler de moi, mais en fait tes posts donnent à réfléchir, ce qui me fait sortir du sujet principal…
Marie
12.04.07
C’est très bien dit! Je suis tout à fait d’accord avec toi; tout ceci est très bien exprimé. En effet, écrire et surtout publier ses pensées personnelles est une étape dans la construction de soi je pense… soumis, l’un comme l’autre, à moult aléas. Mais c’est eux qui rendent le truc humain, aussi… Si on écrivait tous les jours comme des robots, tout le monde se ferait ch*er, nous les premières!
Ne t’excuse pas, voyons! Au contraire, je suis vraiment ravie que des lecteurs sensibles aient envie de partager avec moi les réflexions que mes billets nombrilistes leur inspirent. Cela me permet de relever le nez et de ne pas tourner en rond, même si nos problématiques sont souvent jumelles. Partager des points de vue différents, en tout cas complémentaires, est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Je suis toujours contente de recevoir des commentaires! :)
yop!
12.04.07
« billets nombrilistes?? »
Hum… Il n’y pas assez de complaisance dans ce que tu écris pour que l’on puisse dire que c’est nombriliste.
Exposer ses changements intérieurs à la vue (impitoyable) d’autrui, c’est plutôt courageux, puisque ta démarche me semble sincère.
Cela dit, si tout ça ne t’apporte rien…
Si tu as de graves problèmes existentiels, il faut changer d’approche des choses et ne pas refaire encore plus ce qui ne marche pas.
Quoi qu’on en dise, internet est un truc solitaire. Partager des infos ou même des émotions écrites ne vaut pas le contact direct avec les gens. Et face à un écran, on est seul, on se regarde, on passe son temps à se regarder.
La vérité est ailleurs ?? Ailleurs et ici à la fois. Si pour toi elle n’est pas là, où que tu ailles tu ne la trouvera pas. Et pourtant c’est simple, il faut juste savoir s’oublier pour vivre. Pas tout le temps et pas n’importe comment. Il faut être totalement pour l’autre, parfois, et ça va mieux.
Je précise que je ne suis pas un illuminé, même pas un religieux… C’est comme ça que j’essaye de faire.
En espérant que ça serve à quiconque lira.
Marie
16.04.07
ça me laisse perplexe… Peut-être que tu peux te permettre de t’oublier au profit de l’autre quand tu as fait le tour de toi-même, quand tu te connais bien; ce n’est pas encore mon cas.
W-i-z-(tu connais la suite)
21.04.07
Manifestement, tu as bien besoin d’une pause vis-à-vis d’Internet… Il y a un moment où la « vraie vie » doit passer avant tout, et où on doit penser à soi (les autres peuvent bien attendre un peu, après tout).
Quant à l’intérêt du blog (je vais me concentrer là-dessus vu que je me sens bien désemparé pour commenter le reste de ton message – qui fait son essence même d’ailleurs…), je le trouve très bien écrit de ce que j’en ai lu. Au moins, ça me permet de voir un peu ce que tu deviens en ces temps où on te voit moins sur LLM et qu’Aenemya est en reconstruction (au fait, ne serait-ce pas miss Aurore qu’on devine sur ta page d’accueil ? J’ai hâte de voir la photo complète, ça sent le chouette contraste de couleurs tout çà). C’est au moins un intérêt, pas négligeable de mon point de vue.
Maintenant, il est clair que ce genre d’affaires si personnelles, il n’y a que toi qui puisse lui donner un sens. Surtout de l’intérêt de parler en public. Je te dis ça parce que j’en ai eu la tentation, d’en faire un aussi, de blog. Mais outre le temps qui me manque comme tu le sais, je doute que me confier (un peu) en public soit une bonne solution. Parce que je ne sais pas écrire comme toi, parce que je crois que même si j’arrivais à me laisser aller à écrire, ça donnerait une alternance de très con et de très noir, que ça ne donnerait rien de constructif pour moi et que je n’ai pas envie qu’on me voit comme çà.
Cela dit, il y a une grosse différence : tu n’es pas moi. Tu écris beaucoup mieux que moi, tu as une vraie fibre artistique, et tu n’as peut-être pas la même approche que moi par rapport au Net. Donc, ce qui n’est pas constructif pour moi, peut l’être pour toi. D’autant que le terme « nombriliste » me semble exagéré pour parler de tes billets, comme l’a fait remarquer quelqu’un. Tu parles de toi, de choses qui te plaisent et te touchent, c’est forcément nombriliste ? A ce compte là, mon site s’appellait par mon pseudo, qu’est-ce que ça aurait été…
Bref, à toi de voir… Mais j’ai comme l’impression que tu auras une réponse quand tu t’occuperas un peu plus de toi, hors du Net, hors de nous… Les soucis que tu évoques de toute façon, semblent dépasser tout ce que tu peux faire sur le Net… Sois un peu « nombriliste », tiens :) Bisous.
Morgane
4.05.07
Si vraiment il te semble ne plus rien t’apporter, met-le en pause un moment. Ne le supprime pas, met le juste de côté. Il arrive parfois un moment où les choses qui nous sont les plus intimes (car quoi qu’on en dise, un blog est particulièrement intime!) deviennent étrangères et semblent perdre leur sens, et cela est dû, paradoxalement, au fait qu’on les connaît trop.
Met-le de côté et je pense que naturellement, lorsqu’il sera « délaissé » depuis suffisament longtemps, tu y reviendras naturellement, avec une curiosité toute nouvelle teintée d’une tendresse nostalgique. Tu le reliras en souriant de ce que tu as écrit, et peut-être découvriras-tu alors que ce que tu pensais t’avoir été inutile t’as apporté beaucoup, finallement.
Quant à moi je pense que l’écriture, même si sur le moment elle nous semble inutile, si elle semble décevoir nos attentes, est toujours très enrichissante et instructive. On vide son sac, on pose ses émotions, pêle-mêle ou pas, et on observe. On se dit que ça ne nous a rien apporté, mais c’est parce qu’il faut du temps pour en constater les effets. L’écriture est un remède qui est efficace sur le long terme.
Sur ce, bonne continuation à toi et ne te torture pas l’esprit à savoir si ce que tu fait est bien ou pas. Suis tes émotions, fais les choses comme tu les sens, même si cela semble étrange sur le moment.
Marie
8.05.07
Hello Morgane, merci pour ton commentaire. Je pense que tu as raison sur bien des points…
Pour le moment, je laisse l’eau suivre son cours; j’y reviendrai quand j’aurai quelque chose à y cacher.
Carpe diem, après tout.